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❝ La cruauté de la vie ❞
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La revanche d'une blonde
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La cruauté de la vie
ce message a été posté Mar 7 Nov - 14:58
« La cruauté de la vie, parfois... »
Un sinistre champ



Finalement, cet entretien avec son maître a provoqué des retombés agréables. Depuis, Altair lui permettait d’avoir de longs congés et le plus beau, c’est qu’il en oublie même de spécifier l’heure du retour. Lorsqu’Aveline manque de la rattraper par le collet, elle se permet une liberté rare. Et où investir son temps mieux qu’avec les camarades inquisiteurs ? Mais pas trop, quand même : on ne sait jamais.

Elle devait rencontrer Savannah. À la fois pour y échanger des informations et… consolider les liens de la faction en ces temps maudits, suppose-t-elle. Savannah est resté une banalité pour Alice jusque dans les récents mois. Banal dans le sens qu’elle ne connaissait que son prénom, son visage et peut-être quelques mots pouvant lui donner une idée de sa voix : un individu a priori agréable. Pourtant… que cette femme a gagné dans l’estime de Charley depuis la Tour des médias ! On murmure qu’elle aurait affronté Mervyn et Elena Kark avant leur aller simple pour l’enfer. Enfin, ça ne reste là que des murmures mais vous savez, avec ces organisations secrètes, tout se dit collé à l’oreille de l’interlocuteur, à voix-basse.

Ah je ne sais pas ce que j'aurais fait à sa place… ou même si j'avais fait quelque chose. D'ailleurs je ne sais pas comment ça s'est passé avec eux. Bon, il y a eu la reine, souveraine légitime du Royaume-Unis, qui a fini le travail mais… qu'en est-il de Savannah ? On racontait que Mervyn et Elena étaient des maîtres de magie noire… Malheur.

Alice traverse un champ triste. Qui ça étonne de savoir qu'il a été abandonné ? Le petit terrain entouré d'une forêt modeste commençait sa déchéance surement avant le Filet du Diable. Et qu'est-ce que la terre est boueuse ! En fouillant un peu, on peut trouver une grange effondrée où ne vit que des insectes en ce qui reste de son bois moisi. La seule chose qui maintenait la maison principale c'est les soins que des membres de la Nouvelle Inquisition ont apportés il y a de ça quelques mois. Au pied d'un arbre, quelqu'un a même réussi à construire, à l'aide d'une planche et d'une corde, une petite balançoire.

Pour un enfant…

Les arbres ont perdu leur feuillage. Leurs pointes griffues caressent le ciel gris. La Grande-Bretagne ne manque d’aucuns artifices pour déprimer ses habitants. Elle se fraye un chemin dans les hautes herbes avant de poser les pieds sur le balcon. Un vieux rocking chair berce un fantôme lorsque le vent claque la bâtisse. Alice, un tantinet tremblotante, se réfugie à l’intérieur. Elle siffle pour signaler son appartenance mais constate que personne n’occupe l’endroit pour l’instant. Elle renifle une odeur de tabac (de contrebande ?). Un ou plusieurs individus sont passés récemment (des alliés ou des ennemis ?). Sur la table du salon, quelqu’un a dessiné une couronne au couteau. Alice sourit. Elle s’assoit au salon, en attente. Néanmoins... l'idée que les Rafleurs furent ici lui donne froid dans le dos.

Je me demande si on a caché des armes ici ou quoique ce soit d’utiles… il faudrait que je regarde au sous-sol, sous les planches ou dans les murs mais je risquerai de détruire la cachette… Mais ce serait bien de pouvoir se défendre, juste au cas. Ah, Alice, tu l’imagines le vieux Franck avec un fusil à pompe, à surveiller sur son rocking chair avec un énorme cigare ? Ce serait beau… Dommage qu’il soit occupé à être un bon petit chien au bar moldu.
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Re: La cruauté de la vie
ce message a été posté Mer 22 Nov - 22:57
Elle ne savait plus vraiment qui avait décidé qu'elles se retrouveraient dans ce lieu délabré. Qui, entre elle ou Alice, avait décidé de se retrouver, tout court. Peut-être une décision commune ? Elles y avaient été de toute façon encouragées, comme tous les autres membres de l'Inquisition. Nouer de nouveaux liens, renforcer ceux qui existaient déjà. Echanger des informations, si possible loin des oreilles des Phénix, vue les tentions qui existaient entre leurs deux factions actuellement. Enfin. Cette dernière consigne n'avait pas été explicite, mais elle avait bien été comprise par la blondinette. De toute façon, elle ne leur avait jamais fait confiance, à ces démons qui voulaient se faire pousser pour leurs amis, pas plus qu'aux moldus égarés qui les suivaient.

La pensée est morose et vient, une fois de plus, obscurcir l'humeur de Savannah alors qu'elle resserre autour de son cou et sur sa bouche l'écharpe qui la protège du froid tout comme elle lui assure un certain anonymat. Un anonymat bien inutile si l'on considère le désert humain dans laquelle elle se trouve actuellement. Car aux alentours, il n'y a pas âmes qui vivent. Juste un champs abandonné depuis trop longtemps, des arbres dont l'ombre inquiétante s'étend tout autour d'elle. Et le grincement d'une vieille balançoire délabrée qui n'a pas du entendre le rire d'un enfant depuis de bien trop longues années. Le bruit lui fait froid dans le dos et, sans plus réfléchir aux règles de prudences élémentaires, accélère le pas, se mettant presque à courir sur les derniers mètres... Avant de manquer s'écrouler par terre lorsque son pied glisse dans une flaque de boue. Et si elle ne lâche pas sur le coup une flopée de jurons bien sentis, c'est bien parce qu'elle est habituée à avoir en toute circonstance une attitude absolument parfaite ! Parce qu'elle sait qu'elle va devoir rentrer très discrètement, et surtout ne pas faire voir à ses maîtres ses chaussures avant de les nettoyer, qu'ils ne puissent surtout pas se poser de questions. Ils ne doivent jamais se poser de question, c'est l'une des première règle qu'on leur apprend. Le moindre doute pourrait s'avérer mortel pour elle ; et, au-delà d'elle, pour beaucoup, beaucoup d'entre eux.

Non, elle ne doit pas se faire prendre. Non, elle ne doit pas faillir. A aucun moment. Ni là, maintenant, ni jamais. Et c'est avec toujours cette idée en tête qu'elle frappe quelques coups à la porte. Trois. Puis deux. Puis trois encore. Avec un rythme spécifique qui ne peut annoncer qu'elle ou un autre membre de la Nouvelle Inquisition. Et Alice n'a prévu de ne rencontrer, à priori, personne d'autre. Juste elles d'eux.

Et c'est bien la jeune femme qu'elle trouve dans la cabane délabrée en entrant. Aussitôt, les lèvres de Savannah s'ourlent d'un sourire inconscient, pourtant toujours crispé par les évènements. Comme si la dureté de ses traits ne devaient plus disparaître sous une quelconque expression de joie, alors même que la plupart des images se sont enfuies de son esprit. Ou non, pas enfuies. Mais se sont enfouis si loin qu'elle se refuse à y avoir accès. Comme tout ce qu'elle oublie, sciemment ou non... Toutes ces petites choses qui rendrait l'enfer qui est désormais sa vie, depuis près de vingt ans, encore plus insupportable qu'il ne l'est aujourd'hui.

Pourtant, le sourire est là, et alors qu'elle fait quelques pas sur le bois grinçant, elle prend la parole, comme si de rien n'était : "Désolée, j'ai un peu de retard, j'ai bien cru que je ne pourrai pas sortir aujourd'hui. Tu m'attends depuis longtemps ?"

Si les circonstances avaient été différentes, on aurait pu croire à deux simples amies, ou au moins bonnes copines, qui se retrouvaient pour discuter un peu. De tout, de rien. De garçons, de mode, de leurs études ou de leurs boulots. D'autant de sujet plus ou moins frivoles qu'elles auraient dû partager. Si tout avait été normal. Mais rien ne l'est, plus depuis des années et des années. Et aujourd'hui, comme tant d'autres fois, si elles se retrouvent, c'est pour tenter de changer les choses. Petites pierres par petites pierres. Pour reconstruire leur liberté.
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Re: La cruauté de la vie
ce message a été posté Ven 24 Nov - 0:12
« La cruauté de la vie, parfois... »
Merci



La patience réussit sur Alice. Elle médite en jouant de ses doigts, en jetant un œil avisé sur chaque fenêtre, à passer des rondes comme si une attaque ennemie était en route. Elle a scanné la zone au moins quatre fois mais Savannah la puce a réussi à entrer sans qu’elle l’entende. Lorsqu’elle aperçoit sa silhouette, elle fait un saut accompagné d’un soulagement à la hauteur de sa frayeur. Soit Savannah est vraiment discrète, soit je suis vraiment nulle en repérage… quelque chose me dit que c’est les deux à la fois. Elle répond au sourire par le sourire.

- Désolée, j'ai un peu de retard, j'ai bien cru que je ne pourrai pas sortir aujourd'hui. Tu m'attends depuis longtemps ?

Certes oui mais elle n’entretient aucune rancune. Elle comprend toutes les difficultés que posent ce type de rencontre et tous les dangers associés.

- Depuis une trentaine de minutes mais je ne t’en veux pas.

Alice sort une page blanche pliée de ses chiffons d’hiver. Elle la pose sur la petite table vandalisée dudit salon. On peut y voir sur la page l’île britannique dessinée avec grossièreté à la plume. Elle sort un crayon moisi d’une poche et invite Savannah à s’approcher.

- Je dois te transmettre quelques informations. Ce que je te dirai sera peut-être vrai, peut-être faux mais on m’a chargé de t’en faire part et tu dois rester très discrète à propos… Présentement, nous sommes ici. Avec la création de Vivecime, la Nouvelle Inquisition a créé des petites bases un peu partout pour assurer une certaine indépendance malgré l’ingérence phénix. Tu vois ces points ? Ce sont des endroits comme ici, sauf celui-là, c’est dans une grotte il me semble. Dans deux mois ou moins, toutes ces bases seront désertées. On quittera celle-ci dans une semaine d’ailleurs, comme il est convenu. Cette base-là, tu ne dois jamais y mettre les pieds, même pas à quelques kilomètres de distance. Elle a été raflée dernièrement mais le Ministère la garde en espérant attraper des gens qui ne seraient pas au courant. Ils font surement des visites régulières là-bas. Cette partie de cette zone-là vient d’être acquérir par le Ministère dernièrement. Les travaux agricoles commencent la saison prochaine, il faut donc éviter de passer par là à l'avenir. Prend le temps de bien mémoriser car j’ai ordre de détruire cette carte dès que t’auras terminé.

Comme elle l’expliquait, elle ne sait pas si toutes les informations sont vraies ou fausses ou si on lui a dit des détails pour brouiller les pistes… En tout cas, elle a rempli son devoir auprès de la Nouvelle Inquisition et c’est tout ce qu’on lui demande.

La corvée est terminée mais c’était une corvée utile, dû moins je l’espère. Je ne voudrais pas que Savannah s’aventure dans les zones à risque… Une camarade moldue perdue est un drame. En parlant de drame… Je me doute que ce ne soit pas très… pertinent mais je sens le besoin de lui dire. Devrais-je lui dire ? Ah… oui, allez, lance-toi.

- Savannah… J’ai entendu parler de toi. Tu sais, pour la tour des médias. Je voulais… je voulais te dire merci. Ça peut sembler un peu direct mais… La mort de Mervyn… Comment dire… On dirait que depuis que je sais que ce démon a rejoint les siens en enfer, j’ai franchi une nouvelle étape dans le deuil que je porte depuis… tu sais, ce qui s’est passé. Sache que pour ceux qui l’ont combattu jusqu’à ses dernières injures, j’ai une reconnaissance éternelle.  

Cette Américaine n’est pas la personne dont je suis la plus proche mais… quand même, je… je ressentais le besoin de lui dire ça. J’espère seulement ne pas avoir ressassé trop de mauvais souvenirs car j’imagine que se battre contre Mervyn et Elena Kark devaient être… Enfin.

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Re: La cruauté de la vie
ce message a été posté Dim 17 Déc - 19:31
Tout ce qu'elle peut faire au début du monologue d'Alice, c'est de la regarder avec les yeux légèrement écarquillés ; vraiment, elle doit ressembler à un hibou. Mais il faut dire qu'elle a du mal à comprendre les mots d'Alice. Pas qu'ils soient trop compliqués pour elle, non. Juste... Elle ne comprend pas. Ce n'est pas comme ça qu'ils font, actuellement. Ce n'est pas comme ça qu'elle fait. D'habitude, les messages importants lui sont transmis par Adem. Bien sûr, elle a des contacts avec d'autres membres de la Nouvelle Inquisition, elle leur donne des informations comme ils en font passer par elle. Mais son principal contact reste Adem et elle a l'habitude d'entendre les nouvelles importantes par son biais. Sauf que, lui rappelle une petite voix dans un coin de son esprit, elle ne l'a pas vraiment vu depuis les derniers évènements.... Et elle est bien consciente que la situation est telle qu'ils doivent désormais trouver de nouvelles organisations. Ils n'ont plus le choix. Les Phénix ne le leur ont pas laissé.

Alors elle cligne des yeux, une fois, deux fois, et se concentre d'autant plus sur la carte qu'on lui présente. Elle fronce même les sourcils alors qu'elle sent ses mains devenir moites sous l'effort qu'elle doit fournir ; on lui demande, à elle, de mémoriser autant d'informations ? Elle ne sait pas, en général, ce qu'elle oublie ; c'est bien pour ça, sans doute, qu'elle les oublie, des événements, des informations que son cerveau se refuse d'enregistrer parce qu'ils sont trop durs pour elle, elle en a conscience. Mais elle est sûre d'une chose : elle oublie. Tout, toujours, ou du moins en a-t-elle l'impression parfois, même si ce n'est pas vraiment exact. Mais elle sait qu'elle oublie trop facilement, trop de choses importantes. Et elle sait que sur ce coup là, elle ne peut certainement pas se le permettre. Alors elle ne quitte pas les yeux de la carte, de longues secondes, de longues minutes, même. Elle n'écoute Alice que d'une oreille, peu certaine de pouvoir enregistrer à la foi l'un et l'autre. Et elle regarde, trouve des points de repères, des moyens mnémotechniques pour tenter de n'en laisser pas un de côté. C'est compliqué. C'est douloureux, alors qu'elle sent un début de mal de crâne monter. Mais elle fait l'effort. Parce que, comme toujours, Savannah veut vraiment bien faire.

Et elle pensait que ses mains tremblaient sous l'effort, parce qu'elle les sent s'agiter, un peu, même si elle les gardes serrées contre son corps. Mais ce n'était rien, en réalité, face à ce qui l'attend en suite. Face à l'agitation qui sont leurs quand, alors qu'elle a osé un petit "C'est bon, j'ai terminé." assez peu sûr d'elle car et si ce n'était pas vrai ? Et si elle oubliait ? Et si elle se trompait ? Alice semble à son tour hésiter avant de lâcher ce qui a l'effet d'une bombe pour la jeune américaine.

- Savannah… J’ai entendu parler de toi. Tu sais, pour la tour des médias. Je voulais… je voulais te dire merci. Ça peut sembler un peu direct mais… La mort de Mervyn… Comment dire… On dirait que depuis que je sais que ce démon a rejoint les siens en enfer, j’ai franchi une nouvelle étape dans le deuil que je porte depuis… tu sais, ce qui s’est passé. Sache que pour ceux qui l’ont combattu jusqu’à ses dernières injures, j’ai une reconnaissance éternelle.

Les premiers mots ne sont pourtant pas bien méchants, même si Savannah a une bouffée de crainte, à se demander pourquoi on peut bien avoir parler d'elle, qu'est-ce qu'elle a bien pu faire pour cela. Mais ce n'est pas vraiment d'elle qu'Alice parle, au fond, et c'est bien pire Bien pire. Parce que les images sont là, si proches, si présentes encore. Les bruits, aussi, le fracas des pierres, les sorts, les balles. Les hurlements. Et... Et la douleur, enfin. Partout. Partout... Alors oui, ses mains tremblent. Elle les serrent l'une contre l'autre, puis les posent sur la table, enfin. Plus stable qu'elle, pour ne pas tomber, surtout. Parce que ce n'est pas évident. Parce que ses jambes aussi, maintenant, tremblent. Et qu'elle a du mal à avaler sa salive. Et qu'elle ne veut pas, surtout pas s'en rappeler.

Elle voudrait se débattre contre Alice, lui répondre vertement, la faire taire, surtout. Elle voudrait surtout se débattre contre elle-même, contre son propre esprit. Mais elle n'en fait rien. Elle ne peut pas se comporter ainsi avec sa camarade, elle le sait. Elle n'en a même pas vraiment l'envie, juste l'instinct, si fort et impérieux qu'il a bien faillit la submerger. Contre lequel elle lutte. Mais non. Elle se contente de secouer la tête, une fois, puis deux, la nuque raide, le visage fermé. Elle peine à avaler sa salive, mais ne peut s'exprimer sans cela. Et il lui faut encore de longues secondes pour parvenir à reprendre : "Je. J'y étais, oui. Je.. Mais je n'ai pas fait grand chose, tu sais. Pas grand chose. J'étais juste... J'ai survécu." Et, au fond, c'est sa seule vérité. Elle a survécu et parfois elle se demande encore comment, quand sa peau tire, quand ses cicatrices la démangent. Quand elle a encore mal alors même qu'elle n'a pas été la plus blessée. Elle a survécu et parfois elle se demande encore pourquoi, quand tant d'autres sont tombés, quand ils ne savent pas si Oliver Durham pourra se relever... Ses yeux se relèvent vers Alice, et ils ne sont plus qu'ombres d'eux-mêmes. Hantés. Elle y était. Et même avec la bonne nouvelle qu'est la mort de Kark, cela ne sera jamais un bon souvenir.
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Dialogue : #ffcc99 - Jaune
Re: La cruauté de la vie
ce message a été posté Dim 17 Déc - 22:56
« La cruauté de la vie, parfois... »
Désolé



Oui, elle a survécu. Comme Alice, Mathilda, Adem, Sheherazade et bien d’autres camarades dont elle ignore l’existence. Elle observe Savannah dans ses spasmes, ses mimiques et tous ces signes qui montrent qu’une chose : un malaise évident.

Je crois que j’ai manqué de tact.

C’est le cas de le dire. Elle doit avoir touché un traumatisme singulier parmi peut-être une tripotée d’autres grouillant dans sa mémoire jusqu’à son inconscient. Des bestioles qui s’infiltrent et prennent le contrôle de ta tête, de tes pensées et de tes actions : des choses qui activent les glandes lacrymales, qui te donnent des nausées fiévreuses et plus important encore, un sentiment de culpabilité qui colle à la peau. De pareilles saloperies… La blonde les connaît. Pourtant, elle se sent plus forte depuis l’attentat. Peut-être parce qu’elle s’est battue, défoulée et réussit à survivre avec tous ses camarades. Oui, cette insurrection s’est assez bien déroulée pour elle.

Pourtant, elle se sent toujours mal.

Elle tente ne serait-ce que d’imaginer le calvaire de Savannah. En proie à des mages noirs surpuissants, à guerroyer jusqu’à la fin des temps dans un bain de souffrance. Juste en imaginant, Alice ressent le besoin de vomir mais elle sait se contenir; parce qu’apprendre à bien se tenir chez les domestiques comprend une maîtrise de son corps. Elle baisse les yeux, navrée et navrante.


- Désolé.

Elle ignore quoi ajouter. Je suis désolé pour les morts, pour avoir mal parler, pour ce que je ne sais pas, pour tout… Elle prend la carte qu’elle a dessinée et la déchire en des miettes de pain. Elle mouille certaines parties sur des flaques humides gisant sur la table.

- Je n’aimerais pas non plus qu’on me rappelle de mauvais souvenirs. Je vais prendre l’air un instant à l’extérieur, je reviens.

Un moment pour elle et un exil pour l'autre. Elle sort de la demeure. Lorsqu’un vent froid vient la gifler, elle prend une grande inspiration. Elle scrute les alentours. Rien, que des arbres louches et un ciel cruel. Ah, ne pourrait-Il pas nous gracier d’une vue plus agréable ?

Elle flatte son cou avant de retirer sa main comme électrocuté. Le serpent d’or dérange même lorsqu’il est parti. Et dire qu’il dort sur sa tête… Foutu sortilège de ces foutus sorciers qui n’arrêtent pas de jouer avec nos corps, nos esprits. Alice écrase une brindille du pied comme pour exorciser le mal qui la prend aux tripes. Saleté de baguette, arrête de nous tourmenter !

Savannah a un air familier pour Charley puisqu’elle lui ressemble il y a peu. Elle lui ressemble lorsqu’elle pleurait dans le lavabo chez les Kirke, à laver le sang lancé par cette grosse diablesse. Elle lui ressemble avant qu’elle gagne en courage avec l’Attentat, quand elle a fui l’Homme fou, quand Aveline se met en colère contre moi. Sans clope ni allumette, l’Inquisitrice se demande ce qu’elle fout à l’extérieur. Elle prend une dernière bouffée d’air frais.

Je devrais rejoindre Savannah maintenant, non ?

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Re: La cruauté de la vie
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