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❝ Prélude à la délectation ❞
 :: Royaume-Uni :: Avalon :: Les sept quartiers
Arsouille assumée
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Epouvantard : Un Kelpy
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► Possède quelques tatouages, visibles ou non au premier coup d'oeil.
► Son débit de boisson couche la plupart des sorciers qu'elle rencontre.
► Quand elle commence à soupirer, mieux vaut arrêter de lui prendre la tête.

Prélude à la délectation
ce message a été posté Dim 21 Jan - 14:05
Fin novembre 2046

Vingt heures et trente-sept minutes. Ni en avance, ni excessivement en retard, tout ce qu’il fallait, un superbe effort de presque ponctualité pour ne pas montrer mon empressement à rejoindre le couple Shafiq–Khan pour une soirée qui… Qui quoi ? Je n’en avais pas la moindre idée mais je savais que j’allais être surprise. La missive m’invitant à dîner aux côtés des deux personnes qui faisaient pâlir les codes si chers à l’Union des Sang-pures actives promettait toutes les inconvenances dont je rêvais et même plus encore.

En fait, je ne savais pas à quoi m’attendre. Depuis que j’avais rencontré Ajay Shafiq, mon esprit s’était laissé aller aux fantasmes les plus fous et la femme de sa vie n’était jamais entrée dans l’équation où les lois de l’espace engageaient des emboitements divers et variés. Là, venir dîner avec eux deux me laissait songeuse : est-ce que, comme je le soupçonnais, le si célèbre dépravé souhaitait s’encanailler avec deux femmes ce soir ? Ma grande estime de moi-même allait entraver ses plans si c’était réellement ce qu’il espérait : jouer une figurante dans la vie des autres n’était pas de mes activités favorites. Peut-être Kalinda Khan souhaitait rencontrer les lubies aux courbes féminines de son cher et tendre afin de juger s’il pouvait ou non s’acoquiner sans qu’elle n’en prenne ombrage ? Même là, je sentais bien que j’aurais du mal à accepter la situation : être validée par la presque-femme avant de passer dans le lit du presque-mari, c’était d’un glauque !

Pourtant, j’étais bel et bien là, dans l’entrée de la demeure, me laissant décharger de mon manteau par un domestique serviable et souriant – Ah Alfie si tu pouvais faire preuve d’autant de savoir-vivre – qui s’empressa d’annoncer ma venue à un de ses collègues afin que le fil de cet information soit déroulé dans les plus brefs délais jusqu’à mes hôtes. « Mes maîtres vont vous recevoir dans le petit salon pour un apéritif. - Merci mon chou. Je te suis. » J’allais l’appeler bidule ou machin mais je m’étais rappelée in extremis que je n’étais pas chez moi mais chez le spécialiste du petit personnel et qu’il valait mieux éviter les potentiels écarts de conduite tout de suite : après tout, j’avais quand même envie de voir ce que me réservait cette surprenant soirée et je préférais partie sur de bonnes bases.

« Par ici Miss. » J’allais rétorquer « Madame » mais en fait, grosse flemme. Je passai donc devant lui tout en lui adressant un clin d’œil avant d’entrer dans le petit salon aux couleurs chaudes et à la lumière tamisée. Le choc des cultures en Avalon. J’avais vu des tas de lieux, d’ambiances et de décorations différents dans ma vie, et ce salon s’inscrivait parfaitement dans ce que je connaissais de certaines zones d’Asie. Mais ici, chez les cul-serrés britanniques, c’était une première et ça avait tout pour me plaire. La première silhouette que je vis fut celle d’Ajay, cette carrure qui avait su me plaire lorsque je lui avais fait visiter nos quartiers. Mais se superposaient aussi les terribles images de la Tour des Médias, ces instants terribles et traumatisants que nous avions partagés quelques semaines auparavant. D’un coup, d’un seul, le souvenir doux et excitant qui avait été associé à cet homme venait de se faire éjecter de mon esprit pour être remplacé par l’angoisse de l’attaque, des sorts, de la mort nous ayant presque fauchés. On pouvait aisément faire bien mieux pour se mettre dans l’ambiance.

« Bonsoir Ajay, je suis heureuse de vous revoir dans des circonstances plus détendues. » Et là, c’était pas du chiqué. C’était vrai de vrai. « Merci pour votre invitation. » Je l’avais déjà remercié avec les formes par hiboux crasseux mais, un autre merci ne pouvait pas faire de mal.

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Re: Prélude à la délectation
ce message a été posté Mer 24 Jan - 17:23


« C'est l'heure. »

Appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés sur la poitrine, Ajay ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire en apercevant le reflet de Kali assise devant sa coiffeuse. Sublime. Comme à son habitude. Cela le surprend parfois encore. De constater à quel point sa beauté peut le toucher. Les années passent et chacune d'entre elles semblent la rendre toujours plus désirable. Ajay doit d'ailleurs se faire violence pour se retenir d'aller embrasser la courbe délicieuse de son cou quand elle incline légèrement la tête sur le côté et glisse à son oreille un long bijou en or.

« Je suis bientôt prête. L'informe-t-elle en lui renvoyant un sourire mutin à travers la glace. Consciente du feu qu'un simple de ses gestes a suffit à allumer dans son regard. Descend accueillir notre invitée. Je voudrais passer m'assurer que Chandra et Ayesha ont les choses bien en main avec Aalia mais je te rejoins rapidement. »

Ajay se garde bien de demander pourquoi. C'est loin d'être la première fois qu'ils confient la garde de leur petite dernière à leurs aînées et ils n'ont jamais rien eu à leur reprocher. Mais il a apprit à ne pas remettre en question l'instinct maternel de sa chère et tendre. Ce que femme veut... C'est donc seul qu'il se rend dans le petit salon où il est prévu qu'ils reçoivent la Sabordage. L'ambiance intimiste, à la fois chaude et luxuriante de l'endroit se prête à merveille à l'occasion. Rien n'a été laissé au hasard et il espère que leur invitée appréciera le cadre. La table basse faisant face à la banquette d'angle croule déjà sous les victuailles. Samossas végétariens aux lentilles corail et noix de cajou, boulettes de crabe, chutney de mangue accompagnés de ses galettes paratha, salade de pois-chiches à la coriandre et raïta de concombre à la menthe ne sont qu'un échantillon parmi les merveilles gustatives mises à disposition.

Ajay hoche la tête. Satisfait. Il accorde même un regard appréciateur aux trois esclaves assis dans un coin de la pièce et faisant déjà vibrer leurs instruments en sourdine. Sitar, violon et tablâ. Une association traditionnelle en Inde. Ne manque vraiment plus que les deux dernières protagonistes de la soirée pour compléter le tableau. Mais c'est justement au moment où il se fait la réflexion que Milos, le plus jeune esclave de la maisonnée, fait irruption dans la pièce pour annoncer l'arrivée d'Arsenia. Et en effet. Ajay a à peine le temps de le remercier que la superbe pirate aux formes alléchantes l’honore de sa présence. Il avait presque oublié à quel point elle était rousse et ce constat le fait bêtement sourire. Il se fait l'impression d'un jeune jouvenceau à son premier rendez-vous. C'est absurde mais pas désagréable.

« Une fois de plus, tout le plaisir est pour moi. Et permettez-moi de vous dire que vous êtes ravissante. Bien plus à votre avantage que la dernière fois que nous nous sommes croisés. Glisse-t-il. Charmeur. Dans l'espoir qu'une plaisanterie flatteuse suffise à faire oublier les souvenirs de cette terrible nuit. J'espère que vous n'avez pas eu de mal à trouver votre chemin. Je m'excuse également pour l'absence de ma compagne. Elle tenait à s'assurer que nos filles aînées n'aient pas encore assassiné leur petite-sœur. Si tout va bien elle devrait rapidement nous rejoindre. Puis-je vous servir à boire en attendant ? Chai ? À moins que vous ne préfériez quelque chose de plus fort ? J'ai ramené un raki absolument incroyable lors de mon dernier passage en Turquie ! Mais je vous en prie, assez-vous !
Arsouille assumée
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Re: Prélude à la délectation
ce message a été posté Mer 7 Mar - 18:00
Les Shafiq ne laissaient rien au hasard. En parfaite harmonie avec la décoration je pouvais entendre une musique suave, douce et mélodieuse, sentir un mélange d’épices et d’encens, le tout me rappelant mes voyages, ceux de ma vie d’avant, où chaque pied posé à terre m’avait apporté découvertes et fascination. Est-ce que c’était ça qui m’avait attiré chez Ajay Shafiq lors de notre rencontre ? Cette impression de retrouver un peu de mon âme dans son œil aventurier ?

Plus à mon avantage, effectivement… Je n’avais pas été réveillée au milieu de la nuit, je n’étais pas terrorisée et étais ici de mon plein grès. Plein de paramètres étaient différents. Je n’eus pas la force de faire un trait d’humeur sur cette histoire, le souvenir était encore trop brûlant, et pas dans le bon sens de la chose. Je me recentrai sur le moment présent, chassant de mon esprit l’angoisse qui tentait de m’étreindre : elle n’était définitivement pas invitée ce soir et j’étais prête à lui botter le fondement pour m’assurer qu’elle ne se pointe pas à nouveau.

« Vos enfants sont donc ici. » Simple constatation qui n’était épaulée d’aucun jugement. Le couple n’avait clairement rien à cacher et c’était plaisant. Plaisant de voir que les faux-semblants n’avaient pas lieu d’être ici. « Je vais prendre le raki, je n’en ai pas bu depuis si longtemps ! » Je pris place sur la banquette, m’installant avec aise sur les coussins qui la jonchaient. Je me sentais étrangement à l’aise, comme à ma place. Mais l’arrivée de la Khan n’allait-elle pas changer la donne ? Il allait être clairement visible qu’Ajay ne me laissait pas indifférente. Comment réagirait-elle ou, plutôt, qu’attendait-elle ? Qu’attendaient-ils ? Voilà la principale donnée qu’il me manquait pour anticiper le déroulement de cette soirée. Et si, finalement, je n’avais pas envie d’anticiper ?

« Votre salon est vraiment charmant. Je dirais même séduisant. » un sourire joueur se glissa sur mon visage. « Rien ne laisse entendre que nous sommes en Avalon et ça, mon cher Ajay, c’est tout ce que je demande. Le reste de votre maison est-il aussi dépaysant ? » Oui bon, on avait vu plus subtil pour quémander une visite de la demeure. Et vu ma décontraction, il était évident que c’était un appel à la débauche. Alors je n’étais pas certaine de garder cette contenance une fois Kalinda Shafiq arrivée mais je pouvais essayer. Toute cette histoire m’intriguait et ma curiosité n’avait fait que croître depuis sa visite aux entrepôts.

La routine, l’ennui de la vie sur terre étaient-elles mes seules excuses pour être venue voir ce que le couple avait de croustillant à m’offrir ? J’avais tenté de me convaincre que c’était là ma motivation mais, au fond de moi, je me doutais bien qu’en réalité, j’aspirais bien plus à côtoyer des sorciers ouverts d’esprit plutôt que les cul-serrés qui jonchaient les rues de cette capitale puante.

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Re: Prélude à la délectation
ce message a été posté Jeu 8 Mar - 14:01
« Vos enfants sont donc ici. »

« Une partie en tout cas. Oui. Mon fils aîné et sa sœur Yasmin dînent chez mes parents. Deux sont encore à Poudlard. Et un... Allez savoir. Je suis rarement au courant de ses allées et venues. Il est plus fuyant encore que le lièvre dont il sait prendre l'apparence ! Mais ne vous inquiétez pas. Le riad est grand. Il y a peu de chance pour que l'un d'eux vienne traîner dans nos pattes. »

Il lève un peu la voix et passe le menton par-dessus l'épaule pour dire cela. Un sourire amusé sur les lèvres. Le corps déjà en mouvement tandis qu'il se rapproche du buffet en bois massif renfermant liqueurs, spiritueux et autres douceurs amères. Alors que la pirate s'installe, Ajay s'accroupit près du meuble. Avant de laisser échapper une exclamation triomphante quand il met enfin la main sur la bouteille qu'il cherchait. Le meilleur raki de toute la Turquie ! Assurément. Pas celui que l'on produit à Instanbul. À l'ombre des murs du palais Topkapi où le sultan réélut résidence après l'asservissement des moldus. Mais aux pieds des montagnes. Plus loin vers l'est. Sur les versants verdoyants du Kaçkar.

« Vous trouverez peu de raki à base de suma de figue en Turquie. Il est trop souvent de mauvaise qualité comparé à celui de raisin. Explique Ajay tandis qu'il revient sur ses pas. Mais celui-ci est un délice. Je suis tombé presque par hasard sur le petit village qui le produit lorsque je voyageais le long de la mer noire. Depuis je ne jure que par lui ! Vous verrez. De quoi vous dépayser encore un peu plus. »

Et de conclure par une œillade équivoque. Bien qu'il n'ait pas relevé le compliment fait à sa demeure, il ne lui a pas échappé en effet que le ton de son hôte flirtait déjà avec les sous-entendus. Il espère d'ailleurs sincèrement qu'il aura bel et bien l'occasion de lui faire découvrir d'autres endroits du riad. Jusqu'aux chambres les plus reculées. Mais tout vient à point à qui sait attendre. Il n'a pas oublié le mouvement de recul qu'avait eu la pirate lors de leur première rencontre. Lorsqu'il s'était montré trop entreprenant et avait envahi son espace personnel. Il ne reproduira pas deux fois la même erreur.

Ajay esquisse un geste en direction d'un domestique, qui s'empresse d'apporter une cruche d'eau glacée, et le tigre s'applique alors à remplir leurs verres. Un tiers raki. Deux tiers eau. Les pseudos connaisseurs qui avalaient leur raki sec comme s'il s'agissait d'une vodka bon marché étaient des charlatans. Des incultes qui ne savaient pas apprécier les choses à leur juste valeur. Mais alors qu'il s'apprête à se lancer dans de nouvelles explications pour que la pirate apprécie pleinement la dégustation, Ajay est interrompu par le bruit d'une personne en approche. Par un pas vif et léger qu'il reconnaîtrait entre mille.

« Vous avez déjà commencé ? Parfait ! »

Kalyani pénètre dans le salon comme une brise de vent au plus fort du printemps. Légèrement vêtue pour les standards d'Avalon. Le haut qu'elle porte ne recouvre que sa poitrine et ses épaules, laissant à l'envie la possibilité d'admirer ses bras nus ainsi que la peau mordorée de son ventre. La robe est plus sage en revanche et tombe jusqu'à ses pieds. Princesse indienne dans toute sa splendeur. Le sourire éclairant son visage semblant à lui seul apporter un rayon de soleil dans son sillage.

Ajay coule un regard discret en direction d'Arsenia. Guettant sa réaction à l'apparition de la femme qu'il tenait absolument à lui faire rencontrer. Kali aussi l'observe. Non pas avec méfiance comme elle le craignait peut-être mais avec un intérêt palpable. Et Ajay sent poindre un sourire sauvage sur son visage en apercevant la lueur qui vient faire pétiller les yeux sombres de son amante. Milos, le jeune esclave, lui porte alors un bol au fond duquel elle attrape une feuille de basilic. Puis l'indienne s'avance, croque dans la feuille une fois parvenue à la hauteur de la pirate et lui présente l'autre moitié, attendant qu'elle l'ait à son tour posé sur sa langue avant de se pencher en avant. Et venir embrasser ses lèvres.

« Svaagat. »

Bienvenue. En hindi. Souffle-t-elle comme s'il s'agissait d'une caresse.

« Arsenia Sabordage. Permettez-moi l'honneur de vous présenter Kalyani Khan. »

« Mais appelez-moi Kali. Aucun de mes amis ne m'appelle Kalyani. »
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Re: Prélude à la délectation
ce message a été posté Ven 6 Avr - 22:13
Je l’écoutais parler tout en m’enfonçant délicieusement dans les coussins, bercée par sa voix envoûtante et les effluves de la pièce. Je ne regrettais pas d’avoir revêtu une robe de lin lunaire suffisamment ample à partir de la courbe de mes seins pour ne pas être incommodée par la température qui ne cessait de grimper à chacune des syllabes qu’il prononçait.

Pour calmer cet embrasement, je concentrai mon regard sur les verres qu’il remplissait, imaginant le contact glacé de la carafe d’eau contre ma peau. Est-ce que je ne forçais pas un peu le trait là ? Okay, il me donnait envie d’envoyer valser le lin lunaire mais j’étais aussi consciente du caractère étrange de la situation : celui qui risquait fort de devenir mon amant et moi-même attendions tout de même sa femme, sa moitié, l’astre de ses nuits et de ses jours… Donc oui, il me donnait chaud mais il y avait aussi une bonne dose de stress dans cette réaction. J’avais l’habitude des situations étranges, des moments crus, des instants de luxures mais là… C’était une grande première. J’allais me raccrocher une fois de plus au flot s’écoulant des lèvres d’Ajay lorsqu’une voix féminine et chaude me fit tourner le regard.

Les couleurs chaudes qui se dégagent de tout son être me foudroyèrent  instantanément. Je ne pus que comprendre pourquoi Ajay Shafiq parlait d’elle comme s’il s’agissait de la plus merveilleuse des choses au monde : c’était probablement le cas. Le doré de sa peau, la folie délicate de ses cheveux, son sourire aux mille promesses, les tissus qui couvraient son corps tout en le dévoilant, et sa démarche… Féline, hypnotisante, attirante…

J’attrapai le morceau de feuille qu’elle me tendit sans la quitter du regard, la dévisageant sans gêne mais avec admiration. Le morceau de basilic prit place sur ma langue et… La chaleur monta au creux de mes entrailles alors que sa bouche se posa délicatement sur la mienne. La surprise me fit ouvrir grand les yeux et je remarquai tous les détails de ses yeux, de ses paupières, de ses longs cils. Cela ne dura qu’un instant mais suffit à ôter la quasi-totalité du malaise qui m’avait envahi lorsque j’avais imaginé ce dîner. Le mot qu’elle prononça m’effleura en vibrant, ou alors c’était moi qui tremblais sans m’en rendre compte.

La voix d’Ajay me sortit de ma contemplation admirative. C’était donc ça, Kalyani Khan, un souffle chaud venu de l’Orient pour vous secouer de la tête aux pieds et vous laisser sans voix ? Moi, Arsenia Sabordage, poissonnière en chef, sans voix ?!

« Subjuguée, Kali. Enchantée, aussi, mais bien plus subjuguée. » À quoi bon s’encombrer de  réserve ? « J’avais entendu parler de vous mais, même si les peintres qui ont dessiné votre portrait cherchaient à vous rendre le plus bel hommage qu’il soit, ils étaient encore loin de la vérité. » Et comment décrire l’indescriptible de toute manière ? Cette soirée allait être fabuleuse mais, diantre ce que je perdais pied ! J’allais devoir me ressaisir un peu, ma langue acérée était mon plus bel atout et elle semblait s’être arrondie à chacun de ses angles, voire s’être engourdie. Sacrilège.

Oui, je ne craignais plus la situation, je ne cachais même pas ma fascination pour le couple face à moi. C’était la perte de mes moyens qui m’inquiétait, j’avais peur de me comporter comme une jouvencelle maladroite, incapable de savoir quoi dire, quoi faire et, surtout, quoi demander… J’allais vite en besogne mais, je le sentais, les vêtements allaient vite rejoindre le sol et les corps… Mais à trois ? Je n’avais plus de problème avec ça. Kali était parfaitement à mon goût.

« Quelle est donc cette tradition avec le basilic ? C’est la première fois que j’y suis confrontée. » Était-ce un sort réservé à tous ou bien… À ceux à qui on promettait plus ?

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Re: Prélude à la délectation
ce message a été posté Mar 10 Avr - 18:55
Subjuguée. Le mot est fort mais Ajay comprend ce qui pousse la pirate à l'employer. Lui-même se souvient parfaitement du frisson qui avait fait chavirer son cœur la première fois qu'il avait posé les yeux sur la fille chérie d'Anish Shafiq. Et encore. Kali sortait alors à peine de l'enfance. Jeune demoiselle, sa beauté ne faisait déjà aucun doute mais ne possédait pas encore ce côté impérieux. Évident. Cette assurance faite femme qui année après année ne cesse de la rendre toujours plus désirable. De son point de vue en tout cas. Qu'il semble partager avec son invitée. Et il ne lui en faut pas plus pour afficher ostensiblement son plaisir.

Il avait vu juste. Ne s'était pas trompé en présageant que la pirate appartenait à une autre catégorie d'individus que la majorité de leurs contemporains. À elle, à eux, il pouvait offrir tellement plus qu'une simple liaison de passage. Il le sent. Le sait quand d'un simple regard il lit dans les yeux de sa belle tout ce qui lui était également passé par la tête le jour où le hasard l'avait mis la route d'Arsenia Sabordage. Kali est toute aussi charmée que son homologue et rit même volontiers au compliment qui lui est fait avant de poser une main sur son cœur. Touchée.

« J'ai beaucoup entendu parler de vous également mais Ajay m'avait caché votre talent pour les éloges ! Vous allez me faire rougir. »

« Ce serait une première. »

« Tū rok ! Arrête ! S'indigne-t-elle dans sa langue maternelle tandis qu'elle lui jette une poignée de feuilles de basilic devant les yeux. Elle sourit pourtant et vient prendre place à ses côtés avant de reporter son attention sur leur invitée. Je tenais à vous remercier personnellement d'ailleurs. Pour avoir combattu à ses côtés lors de cette terrible attaque le mois dernier. Je sais que vous direz que c'était normal, réciproque, mais peu importe. Dhanyavaad. »

Merci. Ajay relève alors la tête de ses genoux, qu'il était occupé à débarrasser des feuilles de basilic, et échange un regard entendu avec Arsenia. Il sait qu'elle n'a pas plus envie que lui d'évoquer les souvenirs de cette nuit. Pas aujourd'hui. Pas en une soirée si prometteuse. Mais il appuie tout de même les dires de son amante d'un simple hochement de tête. Kali n'est pas idiote de toute façon. Elle avait juste besoin d'exprimer sa gratitude mais ne compte pas s'attarder sur le sujet. Au lieu de quoi, elle saisit le verre qu'Ajay lui tend et propose aussitôt un toast pour célébrer leur amitié naissante. Mettant tout le monde d'accord au moment d'entrechoquer leur verre.

« Quelle est donc cette tradition avec le basilic ? C’est la première fois que j’y suis confrontée. »

« Il ne s'agit pas de n'importe quel basilic mais de tulsi. Ses multiples vertus nutritionnelles et thérapeutiques en ont fait un des sept remèdes majeurs de la médicomagie ayurvédique. »

« Tulsi signifie même l'incomparable. En Inde, tout le monde en possède au moins un plant chez lui. Voire en remplit des pièces entières. C'est une herbe sacrée. La favorite de Vishnou, l'une des trois divinités primordiale de la pensée hindouiste. Il tisse ses colliers de perles grâce à ses tiges. Chez moi il est de coutume d'en offrir quand l'on invite quelqu'un à venir dîner à sa table et que l'on désire lui souhaiter longévité et prospérité. »
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Re: Prélude à la délectation
ce message a été posté Jeu 12 Avr - 20:41
J’écoutais attentivement les explications de Kalyani Khan, appréciant de découvrir un pan de cette culture que je ne connaissais que trop peu, mais le regard rivé sur sa bouche. Le mouvement de ses lèvres avec le doux son qui s’en échappait à chaque mot prononcé m’hypnotisait presque. J’en oubliais presque la présence d’Ajay Shafiq le pauvre, alors que c’était pour lui que j’étais venue au départ, pour l’effet électrisant qu’il m’avait offert lors de notre première rencontre.

Mais je n’étais pas sotte, je savais très bien pourquoi seule Kali captait mon attention : certes, elle était fascinante, mais il semblait surtout clair que son compagnon lui laissait également sa part de magnétisme, pour me charmer, pour justifier cette invitation à dîner à trois. Il avait senti ma réticence lors de sa proposition, dans la cale du navire, mon désintérêt des sauteries où une personne était centrale et les autres jouaient les faire-valoir. Le couple cherchait là à me montrer que nous étions trois acteurs principaux, qu’il n’y avait pas de figurant.

« C’est une coutume que je n’avais jamais rencontrée. Mais j’étais bien jeune la dernière fois que j’ai foulé les terres d’Asie, à l’époque où ma vie n’était faite que de navigation. » Glissai-je avec une pointe de nostalgie que je ne cherchai pas à cacher, avant de porter le verre de raki à mes lèvres. « Fabuleux ! En fait, Ajay, je me demande si j’ai déjà bu un vrai raki jusqu’à aujourd’hui. Sûrement pas. » Tout me surprenait agréablement, de ce palais des merveilles aux courbes délicieuses de Kalyani Khan, en passant par la musique, le breuvage, les odeurs… Je devais avoir l’air d’une gamine découvrant la vie pour la première fois et je n’en avais rien à foutre : si mes yeux brillaient, tant mieux, si mon sourire trahissait mes contemplations, soit.
Tout ici me criait de ne pas chercher à adopter une attitude factice, de ne pas essayer d’être dans la retenue : à quoi bon ? Même si mon émerveillement laissait penser à une certaine douceur de ma part, ce n’était rien de grave : c’était moi, ça aussi, une gamine subjuguée par une terre vierge débusquée au cours d’une navigation… Ou d’une rencontre sur le port d’Avalon.

« J’ai failli oublier… » Je sortis de ma poche une bouteille d’un verre lumineux à l’intérieur de laquelle dansait un rayon scintillant dans des tons orangés. Les courbes du verre n’étaient pas sans rappeler celles d’une danseuse exotique. Je tendis l’ouvrage à mes hôtes. « À l’intérieur de cette bouteille vous retrouverez les effluves des îles du Delta du Gange, le cœur même de la réserve des Sunderbans. Selon vos envies, votre humeur, certaines notes seront plus fortes que d’autres. » Hija avait un don pour les parfums mais, surtout, elle pratiquait aussi l’art pirate de l’essence olfactive en bouteille, une vieille tradition dont la pratique se transmettait de génération en génération. Nous étions tous plus ou moins capables de le faire dans la famille mais Hija avait sublimé la chose avec ses talents de parfumeuse. Personne ne pouvait rivaliser avec ses bouteilles sur l’ensemble du globe, sur terre comme sur mer.
Je possédais des dizaines de ses œuvres dans mes appartements, chacune représentant un souvenir fort, enivrant. Lors des soirs de déprime, quand la mer me manquait bien trop, je m’enfermais et pouvais passer des heures à sentir ces douceurs, à m’en faire tourner la tête et le cœur.
Ce n’était pas un cadeau que je faisais à la légère mais je ne le laissais pas paraître, parce que je n’avais pas su définir pourquoi j’avais souhaité offrir ce délice à mes hôtes. Hija aussi avait trouvé ma commande étrange tant elle savait mon attachement à ces essences sacrées à mes yeux.

« C’est un ouvrage typiquement pirate mais, croyez-moi, vous n’en trouverez jamais d’aussi bien réalisé où que ce soit à part de la main de ma cousine, Hija. Elle fait des merveilles. » J’admirais tant le talent d’Hija, étant moi-même dénuée du moindre talent, de la moindre exception. Je m’en accommodais bien cependant, appréciant la beauté de la magie des membres de ma famille sans jalousie. C’était ainsi, mon talent à moi résidait simplement dans mon caractère.

« Je n’ai pas moi-même senti le contenu afin de ne pas le profaner de mon âme : chaque bouteille d’imprègne de l’essence de son ou ses propriétaires pour se sublimer. » La tentation avait été forte mais Hija me l’avait interdit. J’avais fait quelques recherches sur les origines de Kalyani Khan avant de passer ma commande auprès de ma cousine et j’espérais ne pas avoir commis d’erreur.

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Re: Prélude à la délectation
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