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La revanche d'une blonde
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Espionne de la NI, devenue astucieuse par la force des choses - Développe une relation ambigüe avec sa maîtresse - Déteste les chiens - Se cache derrière une identité de servante gentille et servile - Adepte du déni et autres refoulements freudiens
Acceptation
ce message a été posté Sam 12 Mai - 3:09


Alice réussit à entrer par l’un des postes de contrôle de Londres. Elle a teint ses cheveux en roux grâce à une potion qu’elle a volée pour éviter qu’on la discerne avec aisance. À force de mettre à profit le moindre temps libre au profit de la cause, elle développe des aptitudes et réflexes surprenants.

Quitte à ne plus jamais revenir. C’est ce qu’elle s’est dit lorsqu’elle a fait le premier pas vers Londres. Poursuivre l’habituel chemin semé de fausses pistes et de tactiques pour éviter de se faire remarquer. Mais franchement, elle ignore si elle restera auprès des Kirke dès son entrée dans le Londres libéré.

Elle marche toute seule, cette fausse rouquine. Armée d’une pelle sale et rouillée, elle vadrouille, l’œil hagard, prête à bousiller la figure de quiconque oserait lui adresser la parole. Pas de bonne humeur : ses traits durs transpirent le coup de pelle derrière la tête. Pas de chansons révolutionnaires, pas d’envolées lyriques pour sublimer la révolte : qu’une respiration lente et mélancolique. Encore moins dans ses pensées. En fait, Alice ne pense à rien : elle se contente de fouiller sa mémoire. Traverser cette rue-là, descendre par ici, rejoindre Westminster. Pas pour y entrer : pour l’utiliser comme repère. Elle sait que sa destination se trouve près du nouvel Eden. Pas dedans mais tout près. De là à y voir sa propre situation, toujours à quelques mètres du paradis – cette mort fantasmée – il n’y a qu’un pas. Visiter ce début d’une nouvelle ère ? Pourquoi pas. Plus tard.

Elle débarque à la bonne rue. Un tiers des lieux sert de cadavre pour ce qui formait autrefois un des cœurs et cerveaux du monde. D’une civilisation morte et enterrée, qui renaît sous la coupe d’une monarchie et de la foi. De là à y revoir un éternel recommencement des choses… De toute façon, Alice demeure trop inculte sur l’histoire de son peuple pour créer ce parallèle. Ça doit être là… Non ce n’est pas là. Pas la bonne peinture. Enfin ils ont tous perdu leur peinture mais… Non, pas le bon agencement de fenêtres… Bon ce ne sont que des trous béants maintenant mais je me comprends. Elle finit par tomber sur une maison – plutôt grande pour une habitation d’une ancienne métropole européenne – et elle comprend. C’est celle-là. L'Inquisitrice s’arrête sur une porte mi-ouverte. Quelqu’un est entré ici il y a longtemps. Maintenant… Tout ce qui voyage là-dedans c’est un courant d’air. Et James. Elle touche la poignée glacée. Des souvenirs… comme si toutes les fois que ses doigts avaient frôlés ce métal lui revenaient. Des détails insignifiants mais qui prennent toute leur importance maintenant… maintenant que tout est détruit. Le visage de son père revient. Elle croyait l’avoir oublié depuis des années. Sa silhouette revient dans son esprit tel un spectre : avec son beau costume, sa mallette… Son sourire en coin. Un gagnant du vieux monde. Inévitable comme la fin de toutes choses, sa mère revient, puis ses sœurs et son petit-frère. Ils sont autres choses que les cadavres morbides de ses cauchemars. Ils redeviennent… presque humains.

Elle secoue la tête. Alice revient à elle et entre dans la maison. Un rat s’enfuit mais l’Inquisitrice porte à peine attention à la créature. Il faudra mettre de la mort aux rats ici. La fausse rouquine ouvre une garde-robe à l’entrée où des manteaux pendent encore. Elle touche l’un des siens lorsqu’elle mesurait l’équivalent de quelques pommes, comme lui disait sa mère. Soupire. Elle rentre au salon où une télévision éclatée gît dans son cercueil. Les sofas ont été dévorés par toutes sortes de vermine. James n’a touché à rien, comme je lui ai écrit. C’est un homme avec tant de classe… Je l’envie. Elle renifle en pénétrant la cuisine. Elle jurerait qu’elle sent les biscuits industriels que sa mère faisait cuire à défaut de les faire soi-même. Pas le temps elle disait. Gamine Alice trouvait ça moins bon que l’artisanat de sa grand-mère. Aujourd’hui, elle tuerait pour goûter à ces friandises toxiques de l’ancienne société de consommation. Pas qu’elle aimerait leur goût mais... Elle veut croquer une part du passé, c’est tout. Se sentir comme avant. La tête vide de monstres, d’éclats sanguins, de violence, de coups de feu et de sortilèges maléfiques.

Elle ouvre de petites armoires où se terraient les assiettes. Une araignée grosse comme sa main sort et descend le long des murets. Alice s’en fiche. Il faudra chasser les araignées aussi. Il y a tant à faire pour remettre cet endroit sur pied… Ça me prendra du temps. Lorsque mon devoir sera terminé. Oui, beaucoup de temps… Elle ne trouve aucune vaisselle. Probablement que des sorciers pauvres l’ont pillé.

Alice décide de monter à l’étage. Chaque marche provoque un grincement d’enfer digne d’un film d’horreur. Là, il s’agirait du moment où le psychopathe sort son long couperet et s’insinue en silence dans une chambre, prêt à trancher la gorge de sa victime dans une orgie décadente d’hémoglobine. Ah non, je ne suis pas une mission tout de même, pense-t-elle dans un rictus abominable. Ses idées noires pour Aveline lui reviennent mais ils se mêlent bien tôt à une émotion plus… cardiaque. Elle cesse d’y penser. Charley rentre dans la chambre d’Éléonore – sa sœur – et essaie de retrouver le rose criant de la décor d’autrefois. Sur le lit étripé traîne encore ses vieilles figurines moisies. Un petit poney violet au sourire niais. Elle prend. Elle passe chez la défunte Chelsea et trouve une chaussure unique, détruite par les saisons. Elle prend. Puis… puis la chambre du petit Owen. Celui qu’elle a abandonné. Et maintenant que je reviens ici, je peux enfin mettre des noms sur eux. Enfin, je peux prononcer leurs noms à haute voix. Éléonore, Chelsea, Owen… Mes sœurs et mon frère. Mes Charley. Owen… mort à cause de moi. Elle trouve une peluche dégoûtante d’un lapin, y enlève un mille-pattes qui s’y installait et le prend.

La chambre des parents. Un grand lit défait, des armoires et des tiroirs pillés jusqu’à leur moelle. Même pas un bijou survivant de sa mère qu’elle pourrait garder. Pas une montre – je me souviens qu’il aimait les montres ! – de son père. Les montres, ça donne plus que l’heure Alice. C’est une marque de distinction. Quand les gens voient une belle montre, ça leur dit que tu es une personne très importante. C’est beau. C’est une bien belle façon de nous rappeler partout, en tout temps l’heure qu’il est. Et que le temps file. Ne l’oublie pas, ma petite… Ah je croyais réétendre sa voix. Alice cherche mais ne trouve que les rayons du soleil qui traversent la fenêtre cassée et les rideaux déchirés. Après cinq minutes de fouille, elle trouve une vieille boîte verdâtre. Elle l’ouvre et sort un vieil album. Des photos de famille. De sa famille proche mais aussi des cousins, des oncles et des tantes… À des évènements qu’elle croyait avoir oublié. Des images de la civilisation déchue lui revient. Les voyages… L’avion… Tout. À défaut de prendre tout l’album, elle extirpe une photo qu’elle juge révélatrice. Il s’agit d’une photo de mariage de monsieur et madame Charley. Elle garde.

Sa chambre. Ou la chambre d’une autre. Que te reste-t-il donc de la petite Alice Charley, hein ? Des cendres sur lesquelles tu continues de pleurer encore aujourd’hui. La gamine que tu étais n’aurait jamais joué de la gâchette… Ni servi des sorciers sortis tout droit des légendes, cela dit. Cet endroit la dérange. Viscéralement. En se regardant dans le miroir, elle croirait que son reflet la juge. Pour tout. Pour ses erreurs, réussites, ce qu’elle a fait et pas fait. Comme si l’enfant revenait d’entre les morts pour annoncer sa sentence. Celui du jugement dernier. Depuis tout ce temps, je voulais que les sorciers paient. Je les croyais tous coupables mais c’était pour cacher que j’étais coupable. Coupable d’avoir survécu à l’enfer et pas eux. Pourquoi moi ? Pourquoi pas quelqu’un d’autre ? Je ne suis qu’une fuyarde qui a abandonné un enfant aux griffes d’un tueur fou moldu. Ma mère aurait mérité la vie. Mon père n’aurait pas hésité une seule seconde à se sacrifier. Mes sœurs avaient surement le potentiel et Owen… Owen était l’innocence. Il n’y avait que moi, Alice, la mal-née et… j’ai survécu. Pourquoi Dieu ? Pourquoi m’as-tu sauvé ? Elle prend le petit miroir pour enfant. Je suis prête pour les funérailles.

Derrière la maison subsiste une maigre cour. La nature a depuis repris ses droits et il subsiste que de mauvaises herbes et des herbes trop hautes. Alice enfonce la pelle dans la terre noire. À chaque coup, elle monticule de terre qu’elle retire, elle sent une multitude de souvenirs revenir. Comme quoi, le geste concret prend tout son sens dans les symboles. Et c’est par ce symbole que Charley essaie de se libérer du mal.

Elle a creusé un trou conséquent. Elle le fixe. J’aimerais tellement pouvoir creuser ma propre tombe. Ici et maintenant. Reposer enfin en paix. Sentir le soulagement de mourir, d’en finir avec cette vie absurde et ce monde cruel. Ce n’est que là qu’elle commence à pleurer. Ses larmes se perdent dans la terre alors qu’elle se met à genoux. Elle pleurniche en répétant des psaumes. Ses psaumes.  « Je ne voulais pas ça… Pardonnez-moi… » Elle enterre tous les objets. La figurine, la chaussure, la peluche, la photo et… le miroir. Durant l’espace d’une seconde, elle croise son regard dans la glace et croit y voir… Sa famille. Elle lui dit au revoir d’un signe de la main. Ils ont l’air apaisés. En paix. Ils sont en paix… Ils sont en paix… Elle remet toute la terre dans le trou et raffermit en tapant des paumes comme si elle avait trois ans.

Alice entend quelqu’un marcher derrière. Du coin de l’œil, elle aperçoit la silhouette de James. J’espère qu’il a apporté la croix, une pierre, n’importe quoi pour finir cette tombe… « Monsieur Windsor… Enfin James. », corrige-t-elle en tentant de sécher ses larmes. Elle se relève. Elle lui avait donné rendez-vous ici. Pour en finir. Plus tard qu’elle prévoyait car elle voulait vivre cette première partie toute seule. C’était nécessaire. « As-tu une idée où vont les morts ? » Elle a oublié le paradis. La religion. Elle ne s’attend pas à une réponse articulée, cohérente, logique… ni à une réponse tout court.
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Métier : ingénieur refoulé, fugitif révolté, père exaspéré - il a cependant mis en pratique son diplôme d'ingénieur en aidant avec l'électricité et se recycle professeur d'escrime à l'occasion
Baguette : avec de la confiture aux fruits rouges, accompagnée d'un thé, s'il vous plaît
Epouvantard : sa famille capturée et décimée devant ses yeux
Dialogue : steelblue

fils cadet de feu Edward de Wessex, dernier fils d'Elizabeth II • marié depuis 2028 à son amour d'adolescent à cause d'une grossesse surprise, il est aujourd'hui père de deux enfants : Nathaniel et Amelia (qui ont neuf ans d'écart) • ingénieur en systèmes embarqués, il n'a pourtant jamais reçu son diplôme - ses derniers partiels auraient dû se dérouler en mai 2030 ; cela ne l'empêche cependant pas à utiliser ses compétences et sa débrouillardise pour faciliter le quotidien de tous depuis ses premiers moments de fugitif • pratique l'escrime depuis tout jeune et a continué de s'entraîner le mieux qu'il pouvait lors de sa vie de fugitif pour ne pas perdre en agilité et surtout pour se défouler • a d'ailleurs appris plusieurs techniques d'espionnage (en camouflage et auto-défense) grâce aux agents du MI6 les accompagnant depuis 2030 - mais pas au point de faire de lui un espion professionnel • engagé avec la Nouvelle Inquisition depuis qu'Oliver les a retrouvés en 2036, il n'est pourtant pas vraiment fan du prêtre. et encore moins de Jane depuis leur mise sous tutelle forcée • in fine, son allégeance ira toujours à sa famille, dont il s'est nettement rapproché depuis seize ans, et à ses proches
Re: Acceptation
ce message a été posté Lun 18 Juin - 22:21
Lorsque James a reçu la missive d’Alice, il a été surpris. Surpris que ce soit à lui qu’elle demande une telle requête plus qu’autre chose. Car James ne se pense pas plus à même à fouler les terres du passé, dans cette ville qu’il n’a pas parcourue depuis plus de quinze ans. Encore moins celles d’une autre. La requête n’est pas une folie et pourtant, face à cette maison abîmée par la guerre et le temps, James se sent comme un intrus. Un intrus sur le point de violer un pan de vie passée de la jeune Alice, et ce en dépit de son autorisation.

A-t-elle connue toutes les horreurs de la chasse aux non-sorciers ? A-t-elle vraiment perdue toute sa famille ? Une multitude de questions sur la jeune Charley se bousculent dans l’esprit de James, lui faisant comprendre qu’il ne la connaît décidément pas assez. Il faudra qu’il remédie à ça.

Le Windsor prend alors une longue inspiration, bien heureux de n’être en compagnie que de lui-même. Il expire et passe la porte d’entrée, le coeur serré. Le spectacle de désolation que lui offre ce qui devait être l’entrée lui fait manquer un battement. Des gens ont vécu ici, il y a bien longtemps. Et James ressent un malaise, loin d’être à sa place. Pourtant, il se déplace, presque comme si de rien n’était, parce qu’il l’a promis à Alice. Douce Alice qui, comme d’autres, ne méritait pas ça. Pas cette vie-là.
James vérifie chaque pièce, chaque coin de la maison plus ou moins en ruines en silence, sans rien toucher, comme elle le lui a demandé. Le brun en conclut après son état des lieux que si la maison n’est pas habitable complètement en l’état, elle peut l’être si et seulement si on s’en donne les moyens. L’heure n’est toutefois pas aux plans sur la comète. Encore moins durant ce climat de fausse stabilité. Récupérer Londres n’était qu’une première étape. La conserver en est une seconde, bien plus ardue. Alors il quitte cette demeure qui n’est pas la sienne, fait en sorte que les curieux à la recherche d’une habitation aillent voir ailleurs et retourne à son nouveau chez-lui. Sa mission est terminée pour aujourd’hui.

Plusieurs jours se sont écoulés depuis sa première visite. Cette fois, comme le lui a indiqué la lettre d’Alice, James a apporté tout un nécessaire pour faire des tombes artisanales. Rien de bien extravagant, juste de quoi avoir une sépulture plus ou moins correcte pour qu’Alice puisse faire le deuil de sa famille. Tourner cette page et avancer, comme elle peut. Quelque chose dont James lui-même a été privé. Il se revoit à Cambridge, complètement paniqué et perdu lorsque les agents de MI6 sont venus le chercher. Il entend encore la voix de Tom, qui veut ralentir les pauvres types encapuchonnés pendant qu’il fuit avec femme et bébé. James refuse, veut qu’il avance avec eux. Et la finalité est telle que Tom y restera, pour les sauver eux.
Tom. Sa mère. Sa famille. Aucun d’entre eux n’a pu avoir de sépultures correctes. Même son père, décédé au cours d’une mission il y a quelques années, n’en a pas eu une. Introuvable, disparu en mer ou il ne sait plus vraiment où. Quelque part, lui aussi aurait voulu pouvoir tourner nettement la page. Mais il ne le pourra jamais. Quand il y pense, James réalise qu’il a un rapport particulier avec la mort, et n’aime pas ça. En lisant la lettre d’Alice, il a même été à deux doigts de refuser à cause de cela. Pourtant il est là, face à la maison des Charley avec cordes, pierres bouts de bois et autres accessoires pour faire ce qu’ils ont à faire. Il ne réfléchit pas deux fois et passe la porte d’entrée. Ses pas le guident vers le jardin. Son regard est droit devant lui, refusant de se laisser submerger par ses souvenirs ⎼ pas maintenant, du moins. Sans un bruit, James s’avance et s’arrête dans un coin, loin du regard de la blonde. Il l’entend pleurnicher, la voit enterrer des choses et décide de rester tapis dans l’ombre, respectant son dernier moment de recueillement, seule. Ce n’est que lorsqu’elle referme le trou préalablement creusé que James décide de se faire voir par la jeune Charley. Il arbore un sourire un coin, revêtant ce masque de royauté cachant ses émotions, comme on le lui a appris dans cette autre vie qu’il ne connaît plus. Dans un réflexe paternel, imaginant aisément la scène face à une Amelia bien plus vieille, il se retient de la prendre dans ses bras pour sécher ses larmes. « Alice », répond-il sur un ton bienveillant, comme pour l’encourager à continuer de l’appeler par son prénom par la suite plutôt que par son patronyme. Jusqu’à sa question, qu’elle enchaîne sans qu’il ne s’y attende vraiment.

Qui lui serre le coeur d’un coup, sans ménagement.
Qui le désarçonne, en somme.
Mais il n’en montre rien.

Où vont les morts ? Le paradis, répondait sa grand-mère maternelle. Dans une autre vie, pour mieux recommencer à zéro, s’amusait à répondre Tom.

Et James, que répondrait-il ?

Une part de lui s’imagine un paradis, pour y retrouver père et mère, et s’effondrer une dernière fois dans leurs bras en pleurant, comme le gamin qu’il n’est plus. Une fin heureuse comme dans la Bible et les films, douce utopie. Une autre s’imagine un néant effrayant, impossible à expliquer, à en faire des cauchemars. Une troisième s’imagine en fantôme, quelque part, errant sur cette Terre devenue presque hostile. Et une dernière cherche simplement à être honnête. « Je n’en ai strictement aucune idée. » Il dépose au sol le matériel demandé et plante son regard sur le visage de la jeune femme. Ses yeux rougis par les larmes lui font mal au cœur. « J’aimerais tellement pouvoir te donner une réponse concrète ou te partager une de mes certitudes. Mais ce sujet m’échappe tout autant qu’à toi.  » James ravale un peu de salive et poursuit. « Alors j’aime me dire qu’ils vont à un endroit lié à un souvenir heureux. Quelque part où nous pourrons les retrouver quand le temps viendra, loin de toutes ces horreurs. » Le Windsor humidifie ses lèvres et reprend. « Alors je m’imagine mes parents, réunis, m’attendant les bras ouverts, sur le porche de cette maison de vacances qu’ils aimaient tant. » Un sourire. Ses iris clairs plantés dans les siens. Le masque craquèle mais ne cède pas. Pas encore. « Que penses-tu de ma théorie, Alice ? »

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Re: Acceptation
ce message a été posté Mar 26 Juin - 14:31
Parfois je pense savoir lorsqu’on me parle du paradis. J’ai alors une idée d’où ils vont. Devant leurs dernières traces et cette décrépitude, je ne sais plus. Comment peut-il y avoir quelque chose d’éternel si tout ici meurt la bouche ouverte pour finir couvert de mousse, de moisis et de mouches ?

Bien sûr qu’il n’en sait rien. Est-ce que quelqu’un sait seulement où nous allons après la mort ? Durham est convaincant... Mais. La magie des sorciers ne dit rien, car leurs fantômes errent puis disparaissent. Nous n’avons jamais vu des moldus revenir d’entre les morts, sauf Jésus. Pourtant… a-t-on vraiment pu assister à une résurrection ? Est-ce si raisonnable ?

Elle opine du chef. Un souvenir. Parce que c’est tout ce qui reste de ceux qui tombent, un souvenir. Quand notre heure viendra, deviendrons-nous des souvenirs ? Ou vivrons-nous à jamais dans un fragment du passé pour revenir parfois comme des spectres… dans la mémoire de ceux qui nous ont accordé assez d’amour pour nous faire perdurer ? Elle écoute James lui parler de cette grande famille royale fauchée. Une famille royale dont les échos lui reviennent de son enfance mais jamais ne s’était-elle attardée à leur sujet. Trop jeune. Et eux, trop loin. Cependant, elle imagine la maison de vacances avec une exactitude terrifiante, avec le petit James qui couvert vers eux à la campagne… Si leur maison de vacances se situait à la campagne, elle l’ignore mais elle se dit que ce serait beau.

Que pense-t-elle de sa théorie ? Elle donne des coups de pieds sans vigueur au sol, jetant quelques bouts de terre contre la tombe encore. La tête baissée. À la manière d’une enfant. « Elle aide à rendre la vie plus supportable. », avoue-t-elle, sans trop y avoir pensé. « Je pourrais croire qu’ils ont disparus à jamais. Ce monde pourri tend à le démontrer. » Tu n’étais que poussière, tu reviendras poussière ? « Je refuse de le croire. Sinon, à quoi bon se battre, à quoi bon vivre ? Pourquoi souffrir ? » La Terre ne serait-il que l’enfer dans lequel nous serions condamnés ? À son tour, Alice arbore un sourire en coin mais amer. « Je dois t’embêter avec mes questions… Si ça peut te rassurer, elles m’embêtent aussi. En fait, j’aimerais m’excuser pour… enfin, pour l’indisposition de ces funérailles. J’ai conscience que c’est peu de choses dans ce cimetière géant qu’est Londres. » Elle soupire pour empêcher ses yeux de fondre en larmes à nouveau. Tu as assez pleuré. Personne n’aime les pleurnicheuses. Il y a eu d’autres morts que les tiens. Londres était immense et peuplé autrefois. Beaucoup de gens se sont fait massacrer. La plupart des familles n’ont pas de survivants pour les regretter. « Je t’ai fait venir parce que… je savais que tu allais le faire. Je pense que tu es une bonne personne. » Sa raison s’arrête là. Rien qu’une intuition. L’effet d’une aura imperceptible sur son esprit. De l’ésotérisme. Elle jette un œil aux instruments pour la sépulture. « On peut commencer. »
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Re: Acceptation
ce message a été posté Mar 31 Juil - 0:03
Rendre la vie plus supportable. Jusqu’à maintenant, James n’a jamais consciemment songé à ce pseudo-paradis de cette manière. Retrouver ses parents dans cette maison de vacances, comme dans sa théorie, ne lui a jamais permis d’avancer ou de surmonter toutes les épreuves qu’il a subies en plus de quinze ans. Ce sont sa famille, sa femme et ses enfants qui l’ont aidé à rendre cette vie un peu plus supportable. L’escrime, aussi. Et cette foutue mission de leur changer les idées ou les faire sourire en gardant un optimisme à toutes épreuves (ou presque). Dans tous les cas, ce sont des personnes réelles qui lui ont permis de rendre la fuite plus supportable. Quelque chose dont Alice est privée depuis bien trop longtemps, alors que sa famille repose plus ou moins sous leurs pieds.

Muré dans le silence, le Windsor observe Alice lui répondre. Que dire, sinon qu’aucun d’eux ne peut être réellement sûr de ce qu’il y a après ? James n’a pas la prétention de se croire omnipotent, malgré sa famille et leurs croyances. Après tout, sa grand-mère elle-même rétorquait qu’il n’y avait personne au-dessus d’elle à part Dieu. Une suffisance royale, sans aucun doute. Les traits sur le visage de la jeune domestique sont durs, presque résignés. Qu’a-t-elle vécu, ces quinze dernières années ? Qu’a-t-elle vu ou subi ? La guerre change une personne, peu importe son âge et sa fonction, et vous rattrape toujours d’une manière ou d’une autre. Cette pensée lui serre le coeur ; jamais Alice n’aurait dû vivre tout cela à son âge. Il se refuse alors de la laisser sombrer dans le désespoir qu’elle démontre. « Je ne pense pas qu’il soit sain de se battre pour des personnes disparues » Sa voix est enrouée, son coeur est lourd mais James continue, sans laisser filtrer quoi que ce soit. « Elles n’ont que faire de cette vie, de cette guerre même, aussi horrible et épuisante soit-elle. Alors s’il faut trouver une raison de se battre pour quelqu’un, il suffit de se battre pour soi et ses proches. Pour une idéologie, même. Bien que je reste persuadé que se battre pour les êtres qui nous sont chers et un futur pour grandir et vieillir avec eux est bien mieux. Bien plus concret. » Du moins, aussi concret que possible. « Et tu ne m’embêtes pas. Au contraire je pense que, quelque part, cette conversation est nécessaire. Surtout quand ni toi ni moi ne pensions un jour remettre les pieds dans cette ville. » Le voilà, le coeur du problème. Retrouver les fantômes du passé dans cette ville en ruines, dans ce cimetière géant comme elle le dit. « Et ne t’excuses pas. Il n’y a rien à minimiser ou à dénigrer. Tout le monde a besoin de faire son deuil. Encore plus lorsqu’on le fait dans un endroit considéré symbolique. » James s’abstient de rajouter qu’Alice est courageuse, bien plus que lui qui a mis un point d’honneur à éviter les ruines de Buckingham comme la peste. Considérera-t-il à changer après avoir aidé Alice ? Peut-être.

Un sourire poli et reconnaissant se dessine à nouveau alors qu’Alice le considère comme une bonne personne. Il cherche à lui retourner le compliment, lui dire qu’elle aussi, elle est une bonne personne, mais ses mots restent coincés dans sa gorge, ému. James se baisse alors à quatre pattespour récupérer un des instruments pour la sépulture. « Dis-moi ce que je dois faire et je m’exécuterai. Y compris m’éclipser lorsque tu auras besoin d’un moment seule. » Sa sépulture, son moment de recueillement, donc ses règles.

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Re: Acceptation
ce message a été posté Mar 7 Aoû - 19:47
La rationalité de James… là pour compenser ses émotions folles. Sa rage de mourir, son désir de périr… Sa soif de vengeance et sa faim insatiable de remords. Un peu de logique pour la calmer. Un peu de réflexion qui fonçant vers le fond des eaux comme une ancre.

Commencer. Elle doit monter la tombe. Comme sa mère a dressé un pauvre morceau contre la terre déchirée en brisant le ciel de ses larmes. Des enfants ont été assassinés cette soirée-là. Assassiner pour quoi ? « Reste avec moi, s’il te plaît. J’ai été suffisamment seule. » S’il partait… Elle sent que les sanglots reviendraient. Chauds, salés, douloureux… Assez de sang de l’âme pour aujourd’hui. Elle veut garder la tête haute. Je dois en finir avec dignité. Pour leur dignité… Je dois la préserver… Peut-être que de là où ils sont, ils s’en fichent mais moi je m’en préoccupe. Je serai là… oui je serai là pour vous protéger. Je protègerai ce qui reste de vous ici, en ce bas monde. Vous en avez ma parole, je ferai tout… Si seulement il s’agissait que du deuil… Tant d’années à servir sans âme. Trop de maîtres pour si peu d’amis. Trop de haine pour aucun amour. Trop de solitude chez la survivante d’un peuple déchu. Des ordres et aucun rire. Des silences lourds et des mesures disciplinaires.

Le duo installe la sépulture dans un silence cérémoniel. Charley garde ses larmes tandis qu’elle travaille sans s’arrêter. À la fin, une pierre tombale d’un gris morne siège à la cours de l’ancienne demeure. Pas de mots, pas de dates. Qu’une pierre. Solide et triste. « J’y ferai écrire quelque chose lorsque nous aurons les ressources à Londres… À la main, je veux dire. À l'aide d'outils. » Hors de question que la magie vienne souiller ce lieu. Elle contemple leur travail. « Je pense à rénover cette maison. Il va falloir y chasser la vermine et reconstruire… peut-être faudra-t-il détruire quelques parties. Dommage que je ne puisse pas y travailler… » Retourner à l’esclave. Pas le choix. Son devoir. Son sacrifice. Son rôle dans les rouages de la Nouvelle Inquisition. « Pas tout de suite. Aujourd'hui, j'érige une tombe mais demain, je voudrais ériger une maison. En attendant, il y a d’autres choses qui devront renaitre. » Elle fixe ses pieds. Comment trouvera-t-elle la force de quitter cette cité libre ? « Pourrais-tu me rendre un dernier service ? C’est que… je ne pourrai pas rester longtemps. Seulement, j’aimerais voir l’Eden. Comprendre comment ça s’organise là-bas…  Je veux savoir ce que Durham ainsi que sa Majesté Charlotte y construisent. Ça me ferait plaisir. Je suis loin de tout ça là où… j’opère. » Elle déglutit. « J’aurais aimé participer à la libération de notre capitale. Je regrette. » Encore des remords. Encore des poids impossibles sur ses épaules frêles. Quand arrête-t-elle de se faire souffrir ? Quand arrête-t-elle de crier de l’intérieur ? Qui sait…
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