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❝ De mèche d'or ❞
 :: Royaume-Uni :: Avalon
La revanche d'une blonde
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De mèche d'or
ce message a été posté Sam 31 Mar - 1:23
Alice rejoint Avalon avec Aveline. Sa maîtresse doit y rester quelques jours pour le Conseil de l’éducation et – bien sûr – sa si parfaite camériste doit la suivre. S’assurer de son confort loin de la maison, de ses robes professionnelles. Elles lui donneront de la distinction auprès de ses supérieurs, dû moins c’est ce que l’inquisitrice croit comprendre.

La première journée a montré les crocs avec la préparation constante. Range-ci, range ça, va chercher cela… Néanmoins, au petit matin, Aveline la laisse partir. Elle lui donne la liberté sans goût. Sa maîtresse doit passer la journée au Ministère, la rendant inutile. Par conséquent, elle peut aller au centre pour moldus. Joie, pense la domestique.

Ça fait longtemps qu’elle n’a pas mis les pieds là-bas. Pour un tas de raisons qui vont de sa traditionnelle crainte mélangeant paranoïa et bon sens à l’idée que ça ne vaut pas une cachette de résistants. La parole libre, tout ça…

Pourtant, elle tente de se convaincre que tout se passera bien. Qu’elle pourra s’évader quelques minutes peut-être. Avec les derniers évènements, elle doute que qui que ce soit au centre veuille s’amuser. Cependant, elle pourrait parler… peut-être entendre quelques bribes intéressantes pour la Nouvelle Inquisition. Trouver un nouveau camarade à introduire ? Non… non ce serait trop dangereux. La ville doit grouiller d’espions. Trop risqué. Elle descend quelques rues à pieds, la tête emmitouflée dans son éternel capuchon rouge. Le chaperon rouge baisse la tête, servile sous chaque regard posé en sa direction. Elle se remémore son escapade avec Joy… de ce courage qu’elle a eu de se montrer impoli envers un sorcier. Aujourd’hui… Depuis cette vision d’horreur des arbres cadavériques d’Avalon… Hors de question que j’attire l’attention. Que je m’attire l’hostilité d’un sorcier. Quand je pense à tous ceux qui sont morts à cause de l’intervention des Phénix… Elle crache dans son imagination.

Alice débarque devant le CVMA : Centre de Villégiature pour Moldus d’Avalon. Celui qu’elle connaît le mieux et dans lequel elle a repris contact avec Isaïe. Vandalisé. Elle lit la phrase à moitié effacé : Les traîtres se cachent. Charmant… Devrais-je entrer ? Elle déglutit et entre, si ce n’est que pour vérifier si le centre existe encore. À l’intérieur, elle comprend que si avec un bémol. Les moyens ont diminué : moins de chaises, de tables et surtout de verre. Ça sert de l’eau, une mixture jaunâtre qu’elle suppose être un simili d’alcool bon marché à 1%. Ils servent quelques pains un peu durs, des fruits délaissés par les marchants ainsi qu’un café goudronneux auquel il faut ajouter deux portions de sucre pour goûter quelque chose d’autre que l’amertume de vivre enchaîné. Et fouetté comme ce lait tiède.

Charley cherche alors le regard de Franck. À défaut d’être son ami, elle prenait goût à le voir s’occuper de l’endroit. Puis… puis rien. Qu’un inconnu dans la trentaine derrière un comptoir. Ingénue par aveuglement, elle s’y rend et demande à l’homme : « Sais-tu où est Franck ? » Il détourne son regard d’elle. « Il y a eu un remaniement depuis les derniers évènements. » « Ça veut dire que… » Inutile de terminer la phrase lorsque son interlocuteur hoche la tête. Sombre. La lèvre inférieure d’Alice tremblotte alors qu’elle imagine le bon vieux Franck croupissant dans sa fosse commune. Ou pire. « Ça va ? Il était… votre ami ? » « Pas exactement. Seulement… je le connaissais et je ne m’attendais pas à ça. », finit-elle par couper. Elle reprend un masque plus neutre, consciente qu’il vaut mieux ne pas regretter certains morts ici.

L’inquisitrice tourne les talons, prête à s’asseoir. N’importe où à l’écart de ce nouveau tenancier. Puis… puis elle aperçoit une tête blonde, un peu à l’écart. Dans le coin le plus sombre du CVMA, où on va pour se morfondre. Ou comploter. Mais on ne peut comploter avec soi-même : il s’agit peut-être du raisonnement d’Abbey Newton. Alice s’équipe de l’excuse mais je la connais, je viens seulement lui dire bonjour ! pour prendre place devant elle, sans crier gare. « Abbey… », souffle-t-elle. Pas de bonjour. Uniquement son prénom. Une perle de pluie scintille sous son œil gauche et azur. Besoin de lui parler. De toucher son bras rien que pour sentir son corps vivant comme pour s’assurer qu’elle respire encore. Qu’elle est belle et bien là, devant elle. Le cœur toujours battant, l’âme dans les iris.

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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Lun 2 Avr - 22:04
« De mèche d'or »
Avec Alice



Dieu fait payer au prix fort les petits moments de joie. Il n’y a ainsi, pendant quelques jours tout du moins, plus de rires, plus de sourires, plus de visage apaisé au manoir McKay. Abbey se traine comme une ombre, sans révolte, sans constance, peignant les cheveux d’Aileen sans répondre à ses questions tourmentées – et elle se fiche bien de décevoir Jezabel McKay car un soutien inattendu est là pour la protéger et pour ce simple fait, d’être chanceuse, d’avoir eu la foi, la possibilité de le faire un rien dévier, elle ne peut se permettre de pleurer. Mais comme elle sanglote, Abbey Newton. Comme elle chouine, de rage, de ces petites larmes amères qui lui rongent son visage à l’acide, le plient d’une multitude de rides de contrariété, les poings serrés. Des larmes, qui creusent des sillons s’ouvrant sur un presque-doute – mais elle ne peut remettre en question sa foi et son Dieu.

Se permet seulement de ne pas comprendre.

De ne pas comprendre l’égoïsme phénix et ce que leurs actions a pu leur coûter. De ne pas comprendre pourquoi le chemin de la raison se trouve de chaque côté de la ligne des bras armés prêts à nuire. Les moldus, contre les sorciers. Les sorciers, contre le pardon. Comment pourrait-elle bien convaincre Eoin McKay de devenir phénix quand l’Ordre lui-même trahit, bafoue, injure et oublie ? Comme pourrait-elle bien convaincre la Nouvelle Inquisition du bien fondé du repentir quand toujours, à chaque fois, ils passent au second plan ? Et que dirait Oliver Durham de tout cela, s’il pouvait enfin ouvrir les yeux ?

D’à quel point il ferait tonner sa colère et ses fléaux sur leurs sales têtes mauvaises, perfides, si pleines de bêtises comme des enfants se fichant bien du mal qu’ils causent aux fourmis.

« J’aimerais aller au Centre Moldu… » Murmure Abbey à Eoin. Pas à Jezabel, car cette fois l’excuse de ses liens avec un moldu mâle pouvant la féconder ne tiendra sans doute pas la route. Et elle lui apparait blême et lessivée – elle a perdu du poids, mais c’est ainsi, quand le nom de ceux qui vous sont proches apparait sur la liste des victimes des crimes atroces qu’on leur a infligé – tout cela, à cause du doute que les phénix ont instillé.

Elle n’a rien d’un chaperon rouge quand sous sa cape blanche elle traverse les rues – et d’une certaine manière, prie pour ne pas être attaquée à vue car même si sa broche porte la marque du blason McKay, et même si dans son sac se tient une toute petite fiole magique pouvant la protéger, elle n’est pas certaine d’y survivre, la jeune Abbey.

Mais c’est arrivée au Centre que viennent les vrais regrets. Le lieu n’a plus sa fausse amabilité d’antan, son innocence de pseudo liberté. Ici, les visages sont ternes, les lèvres fines serrées, on parle peu, on n’ose plus chuchoter, les yeux fuient sur chaque visage, tous ont comme peur d’être dénoncés. Abbey s’y faufile sans trouver l’écho amical d’antan. Et se file à l’ombre, essayant d’écouter les conversations.

Pourra-t-elle seulement revenir à la Nouvelle Inquisition sans encombre maintenant ? N’aurait-elle pas mieux fait de fuir, comme Shéhézarade, et devenir une fugitive pour mieux sauver sa peau ? Sa gorge semble faite en papier de verre quand soudain elle entend :

« Daphnée, la moldue des Lancaster oui, et même Sheila Knife. Paraitrait que la petite était enceinte, c’est ça qu’ils ont… enfin ils ont… »
« Dieu… » Souffle celui qui se tient face au vieux moldu. Ayant atteint l’âge respectable de 51 ans, Thomas hoche la tête en réponse à l’appel de son plus vieil ami ici, William.
« Nous ne tiendrons plus longtemps Willy. Quelque part, je m’y prépare. »

Abbey ne parvient plus à bouger – qui a lancé un sort sur elle, elle a l’impression que sa poitrine va exploser. Elle revoie parfaitement le mariage, le sourire confiant de Matt sur le couple se liant dans le plus grand secret et les mots d’amour, que Sheila distillait à Bryce, leur couple tournoyant sur une simple danse – une seule, il ne fallait pas trop trainer. Cela lui semble si proche et si lointain à présent – elle n’arrive plus à respirer. L’angoisse lui fait des nœuds à ses boyaux, transforme ses poumons en papier déchiré.

Quand la main se pose sur son épaule, l’esclave croit un instant que c’est elle, qu’on vient finalement attraper. Mais même le visage inquiet d’Alice ne se fait pas rassurant. Et Abbey n’a pas un sourire, n’a pas une étreinte soulagée quand elle la reconnait. Tout ce qu’elle peut faire, c’est couiner comme la petite souris qu’elle est, au bord de la crise de nerfs.

« Sheila… Alice ils ont eu Sheila… » Elle a pu lui en parler, de la satisfaction d’avoir réussi une telle mission, elle qui pourtant trouvait cela autant ridicule que naïf, l’idée de ce mariage clandestin. Mais Sheila était vivante et portait en elle tout un espoir. Et Bryce, savait-il que sa femme allait être mère au moment d’être tuée ? Bryce leur a-t-il échappé. « Oh seigneur, aide moi… » Murmure-t-elle, blême, avant de se conforter dans l’obscurité de la pièce, ne sachant quoi faire.


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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Mar 10 Avr - 1:28
Contre toute attente logique, Alice sèche sa larme tandis qu’Abbey parle de Sheila. Oui, elle s’en souvient. Sa sœur de platine lui a parlé de sa formidable mission, du mariage… Une fierté pour elle. Tout ça pour quoi… Pour un gâchis, pour un meurtre gratuit commis par ceux qui nous haïssent. Cela n’a donné qu’un bref moment de bonheur, un brin d’espoir… avant qu’il se fasse couper comme la fleur qu’on coupe. Néanmoins, je dois me calmer. Garder la tête froide. Je pourrais rapidement tomber dans le désespoir mais je ne dois pas. Ça me tuera. Ça la tuera. L’une d’entre nous doit rester forte pour supporter l’autre. Pour tous ceux qui sont tombés. Qui sont revenus à Dieu. Je n’ai pas assez de larmes pour tous ceux qui sont partis. Un jour peut-être… on aura le temps de les pleurer. Ou on le fera à un autre endroit qu’ici. Un bâtiment indigne du deuil… « Sheila est partie vers un monde meilleur. » Où vont les innocents, si ce n’est au Ciel ? Ses condoléances demeurent évidentes par sa tête baissée, ses yeux fuyants et ce silence maintenu. Pourtant… pourtant il s’agit d’un autre nom. Avec Franck. Ses camarades de Pré-au-lard. Sa famille. Ses anciens camarades de classe. Les familles de ses anciens camarades de classe.

Que faire avec les morts ? Alice nage dans le Styx à chaque nuit où ses cauchemars de la peste reviennent. Elle revoit leurs visages. Elle regrette plus qu’il faut. Pourquoi elle ? Qu’a-t-elle fait pour mériter la vie ? Elle l’ignore. La seule chose dont elle est sûre : si elle continue de respirer, c’est que quelqu’un ou quelque chose l’a voulue. Dieu, très probablement. Et que la vie tient à peu de choses : c’est pourquoi elle brille plus que les bijoux. C’est pourquoi Abbey vaut plus tout l’or du monde. Par contre, la vie de nos ennemis a plus de valeur une fois retirée. « Le glaive retombera. Et le jugement final aussi. », murmure-t-elle d’une voix presque inaudible. Cependant, pas de colère dans sa voix. Aucune. Elle le dit comme une évidence. Une prophétie. Depuis… depuis sa mission avec Isaïe, elle touche à la vengeance. Sa vengeance. Leur vengeance, espère-t-elle. Plus qu’une pensée de frustration, elle est devenue réelle. Violente. À l’odeur de sang, de tête souillée et de la sueur des tortures. La Tour des Médias l’a enivré au chaos, la ferme de McDermott l’a renvoyé à l’ordre de la mort. À sa justice aléatoire, inéluctable mais bien réelle. Je ne sais pas encore quoi en penser, de ça… Tout ce que je sais, c’est que depuis que j’ai tué, je ne suis plus la même. Je ne le saurai plus. J’ai les mains sales. Pour toujours. « Tu es en vie. Je suis en vie. Et tant qu’on gardera l’espoir pour un lendemain… Sheila n’aura pas vécue en vain. » Car de ce qu’elle en sait, l’existence du mariage reposait sur l’espoir. Pour elle, son mari et pour tous ceux inspiré par la cérémonie. Et c’est la leçon qu’on doit conserver. Qu’elle doit conserver. Il faut continuer le combat. Pour eux. Je me répète et je me répéterai à haute voix mais il le faut. Autant cela la motive, autant le visage effrayé de son petit-frère la détruit un peu à chaque fois qu’elle s’en remémore. Se battre pour lui, mais qu’est-ce que c'est dur…

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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Dim 6 Mai - 19:31
« De mèche d'or »
Avec Alice



Alors soudain, le blasphème et la colère viennent se planter dans ses pensées comme des épines sur ses fleurs. Ce ne sont que quelques secondes dramatiques où la rage vient presque fusiller sa sœur du regard et dans ses yeux clairs s’expriment cette phrase aussi stupide, naïve que cruelle : Quel monde meilleur ? Abbey sent presque le couperet s’abattre sur sa nuque, la présence de Dieu qui la juge dans ses doutes sans sagesse. Et culpabilisant, effrayée, elle ploie alors la tête pour mieux s’éviter le jugement que lui rendra sa presque sœur. Saisissant ses mains, elle la tient et se retient à ses croyances indiscutables et nécessaires. Si elle abandonne sa Foi, que lui restera-t-il alors ? Seulement l’éternelle question de sa place dans le monde et de son propre futur.

« J’aimerais que les pierres s’abattent sur eux, tous, maintenant. » Siffle-t-elle entre ses lèvres exsangues avant de ravaler un sanglot. Mais cette colère même semble faux désormais. Pourtant, après la mort de Joe, elle aurait pu être son Fléau personnifié. Seulement, à cette vengeance nécessaire s’insinue les sourires d’Aileen et la présence d’Eoin McKay.

Qu’elle aurait aimé en tomber amoureuse, de ce sorcier là. Cela aurait pu rendre sa stupidité plus acceptable, sa flagellation plus simple. Mais elle ne l’aime pas de cette manière, s’entête seulement à le sauver, à le guider comme un ange dans son propre chemin de croix. Et il en ressuscitera lavé de ses pêchés, ouvert au monde et à Dieu, à cette justice et à ce nouvel ordre qui les sauvera tous. Car sans la présence des sorciers convaincus au sein de leur rang, Abbey sait qu’ils perdront.

Cette idée n’est plus si effrayante maintenant mais sa cruauté la pique d’amertume. Elle sait leur fragilité de moldu, leur incapacité à s’aider et se soutenir sans accroc. La manière dont ils s’entêtent au lieu d’apprendre et leur absence de ressources face à la magie. Pourtant, cette dépendance lui est aussi insupportable qu’ineffaçable. Et l’ascendant pris par les phénix est une horreur absolue, un profit dont ils se gaussent pour mieux les soumettre d’une autre manière.

Alors les haïr, devrait-elle à nouveau les haïr et se suicider ainsi ? Elle s’en sent désormais bien incapable et s’en veut pour cela.

« Joe aussi est parti pour un monde meilleur. » Sa gorge se serre. « Mais il n’est plus là pour combattre et Sheila… la pauvre Sheila… il nous reste quoi désormais Alice ? Que nous reste-t-il finalement, si ce n’est des morts et peu de possibilités ? » L’espoir n’est-il pas qu’un rêve absurde et eux, tous, concentrés à y fermer les yeux pour ne pas voir la finalité atroce qui leur fonce déjà dessus ?

La paranoïa la mord comme un moustique et ses yeux vont et viennent sur le reste de la salle. Alors elle l’entraine plus loin, s’efforçant de chuchoter au plus bas, presque à en être inaudible.

« Certaines ont fui et nous devrions peut-être faire de même… toi surtout. Je ne supporterai pas de te voir accrochée dans les airs, sacrifiée au nom de la peur parce que les phénix sont… » Manquant de mot, c’est de Stanley dont elle s’inspire alors. « Sont de gros enculés. » Une inspiration sifflante et ses mains viennent caresser le visage d’Alice. « Est-ce que tu es en sécurité ? … J’ai… j’ai peut-être quelque chose pour toi. » Et tant pis si Eoin la juge, elle dira qu’elle a perdu.

Car dans les plis de sa robe se cachent des poches bien pratiques, dont elle sort une potion bleu comme les cieux, presque électrique.

« Je l’ai piqué. »
Explique-t-elle en cillant, ne parvenant pas à lui mentir. « C’est pour toi, ça te protégera. »




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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Mer 9 Mai - 0:45
Que leur reste-t-il… Des armes et la foi, pense Alice mais elle s’abstient. Devant l’abattement d’Abbey, parler encore plus d’abatage lui semblerait grossier. D’autant plus qu’elle vient déjà d’invoquer le Seigneur pour qu’il tranche l’ennemi de son glaive incandescent. Elle baisse les yeux, puis sa tête, face à la honte de n’avoir aucune réponse satisfaisante. L’espoir… un mot vide de sens pour les désespérés. La force ? Nous sommes des moldus sans magie avec une science timide face à des hérésies toujours de plus en plus fortes… Le nombre ? Même pas. « Il nous reste qu’une conviction que ce que l’on fait est bien et qu’il doit en être ainsi. L’avenir est sombre mais l’échine baissée, elle est noire comme un gouffre. » Elle ignore si ses mots sont les bons, si ça fera une différence… Pourtant elle y trouve une forme de vérité qui la satisfait un brin.

Elles s’isolent. Ce n’est pas l’attitude la plus prudente mais ce dont on devra parler encore moins. Il vaut mieux laisser le bénéfice du doute plutôt que de réciter notre condamnation à mort. Dès qu’elle parle de fuite, la gorge d’Alice se serre. Elle fuit le regard d’Abbey jusqu’à qu’elle sorte une potion bleue. La domestique s’y connait un peu en potion mais celle-ci atteint ses limites avec le cadeau de sa jumelle de cœur. « Qu’est-ce que c’est ? », demande-t-elle suite à la promesse de protection. Tu devrais la garder Abbey… Tu n’es pas sans ressources mais je m’en sortirai. Pense à toi. Je peux… je peux… Elle déglutit et cache la potion dans une pochette discrète de sa robe. Si la vie lui a appris quelque chose, c’est de ne jamais refuser quoique ce soit pouvant l’aider à survivre. Jamais. « Je ne peux pas partir. Pas encore. » Un poids lourd s’écrase dans son estomac. Elle va vomir une révélation atroce. « Un de mes maîtres est dans le coup. Sa femme, par contre, est une Mangemorte qui a rencontré des gens importants de sa hiérarchie. À plusieurs reprises. Son mariage va mal, sa gamine sang-pure m’adore et… » Je ne peux pas l’avouer, oh qu’est-ce que j’ai honte pourquoi moi qu’est-ce que je vais faire comment va-t-elle réagir qu’est-ce que je ferais oh non oh non pitié Seigneur pourquoi… «… j’ai l’impression que je lui plais. Beaucoup. Ça l’aveugle. Elle devient folle et manipulable. » Soupire mortifère. « Elle a le potentiel de devenir une mine d’informations. Je ne peux pas lâcher l’affaire. Pas maintenant. Si je partais, j’aurais tout enduré pour rien. » Pause. « On me protège. Abbey… Ne me juge pas je t’en supplie. Ne va pas t’imaginer des choses. Je ne veux pas que les autres se mettent à penser que je deviens molle ou… que je leur tourne le dos. Je ne le supporterais pas. » Ou pire, qu’ils pensent que je couche avec l’ennemi. Si c’était le cas… Je crois que je m’enlèverais la vie de honte. Non Alice ne dit pas ça… Mais oui dit ça, ce serait l’horreur. La dégringolade. La fin. Non… Abbey ne te jugera pas. Elle est la sœur que… tu aurais dû avoir. Celle qu’on ne t’a pas enlevée. Pas encore. Elle doit te soutenir. Pas le choix. Non ?

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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Dim 20 Mai - 21:24
« De mèche d'or »
Avec Alice



Elle a soudain l’impression que Dieu a plongé une main dans sa gorge pour s’enfoncer plus loin dans son corps et la retourner, envers endroit, comme un gant. Sur son visage passe ainsi mille expressions vagues mais saisissables, des écumes de colère, de stupéfaction, d’horreur et maladroitement, Abbey vient lui saisir les mains, les caresse et les lisse comme autant de plis de draps, et jette un regard furieux et méfiant aux alentours. Mais on se fiche d’elles – ou on en donne l’impression et revenant plus encore contre l’obscurité du mur, la blonde chuchote, d’une voix éteinte, saccagée par l’effort de ne pas se mettre à hurler.

« Ce que tu fais… ce que tu fais là… » C’est une ignominie et un saccage autant qu’un sacrifice exemplaire. L’idée, de cet embrigadement forcé à agir ainsi avec camaraderie et complicité, lui donne envie de l’arracher à cette vie, de la mettre sous serre sa jolie fleur, jolie sœur et de ne plus jamais laisser les mains des sorciers la salir. Mais comment pourrait-elle la juger, elle qui s’allie en secret à Eoin McKay, qui tâche chaque jour de le convaincre à rejoindre le bord le plus correct des alliés. Seulement, Alice n’a pas suivi cette voie. Alice s’est plongée dans la voie de l’espionnage et chaque jour ainsi manque de se faire découvrir, de voir son masque d’usurpatrice lui être arraché et subir ainsi la vengeance absolue de sa maitresse.

A qui elle plait. Abbey ne discerne pas chaque nuance de cette phrase et tout en faisant non de la tête, la fixe avec frayeur. « Tu ne pourras pas tenir bien longtemps Alice… C’est un jeu dangereux et ils sont très loin d’être stupides. La faille dont tu profites se refermera sur toi comme une mâchoire et je ne veux pas te voir disparaitre ainsi… »

Mais elle se refuse à ne pas la soutenir, à l’accuser, à la chasser et à trahir ce qui, peu à peu, s’est construit entre elles. Des liens de sœur sans sang. Des liens d’amies, comme une toile d’araignée à l’architecture précise et parfaite. Aussi enfonce-t-elle ses ongles dans ses propres paumes de main et vient se façonner un sourire de circonstance. Triste mais confiant.

« Ca ne me viendrait pas à l’idée de te tourner le dos, de penser une seule seconde que tu ploies vers la mauvaise voie, bien au contraire. J’étouffe sous ton courage, tu es un exemple, je ne suis pas capable de faire ce que tu fais et de subir, ça, quotidiennement… Mais jure moi que la protection dont tu me parles est suffisante. Jure le moi Alice. » Quitte à mentir, laisse moi croire que ce sorcier, ce maitre, qui est « dans le coup » et le seul potentiel aujourd’hui à assurer sa survie, ne trahira pas pour les sorciers à la moindre accroche.

Toute l’affection maternelle qu’elle porte à Eoin n’efface pas facilement des années à témoigner de leur fidélité à leur race. Car c’est une race, contre la leur et toute esclave, même aussi belle et entreprenante comme Alice, ne sera jamais de leur niveau pour qu’ils prennent leur partie. L’Ordre l’a ainsi prouvé de nombreuses fois. Ce n’est pas une question d’équité que de combattre ensemble contre un même ennemi. Combattre cette idée, croire aux rares qui s’évertuent pourtant à arguer le contraire, serait d’une naïveté trop innocente.

« Tu as tout mon soutien et je t’aime, je t’aime tant… » Qu’elle s’en dresse sur ses pieds car Alice a toujours été plus grande et vient embrasser sa joue, tendrement. « Un jour, nous serons libres. Un jour tout finira enfin… Dieu le veut. » Et si cela en vient au sacrifice de leurs vies alors ça ne sera pas un prix cher payé même si cela restera une déception.

« As-tu besoin de quoique ce soit ? Je peux encore voler des choses… je peux… » Et le doute la saisit. Devrait-elle lui parler d’Eoin après cet acte de confiance emblématique, après l’aveu qu’Alice vient de lui faire ?

Abbey bat des cils, sans savoir. Sans savoir ce qui la retient, sans savoir ce qui lui prend, de chérir ce secret comme un oisillon.



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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Mer 23 Mai - 18:17
La réaction d’Abbey l’effraie. Pas qu’elle se laisse surprendre, mais malgré son jeune âge, elle prouve qu’elle sait analyser les choses avec intelligence. Oui c’est un jeu dangereux, oui ils sont rusés, peut-être plus que nous et je risque ma vie à chaque sortie suspecte. Je la risque tous les jours à rester dans cette société pour qui notre destruction et nos larmes sont souhaitables, et où ses protecteurs prennent le nom de la mort. Si ça trouve, mon jeu finira par me tuer. J’en mourrais. Je ne veux pas mourir. Je ne veux vraiment pas mourir. Pas du tout mais… Je dois continuer. Pour la cause. Néanmoins, face aux émotions de sa sœur spirituelle, en connexion étroite avec les siens, elle baisse la tête, évitant les yeux. « Tu as raison. » Rien de plus. Pas d’explications. Qu’une constatation réaliste, horriblement réaliste. Toutefois, Alice pense à sa disparition. Pas à sa tombe, mais à sa porte de sortie. Elle doit le faire si elle espère survivre. Se créer une échappatoire, un salut en cas d’urgence…

Son soutien lui réchauffe le cœur. Elle relève enfin sa tête pour contempler les miroirs de l’âme d’Abbey. Dorénavant, elle sait qu’elle a quelqu’un derrière elle. Ce simple fait lui donne confiance dans un paradoxe complet puisque plus de gens savent, plus son masque se fissure. D’une confiance funambule sur un fil fragile, l’inquisitrice réussit à esquisser un sourire. « Le jour où l’épée de Damoclès tombera, je serai déjà loin. Je te le promets… Et si Dieu le veut, plus près de toi. » Malgré sa crainte éternelle du trépas, Charley a survécu au pire cataclysme qu’a rencontré l’humanité. En plus des derniers évènements dont elle a pris part. Fuir un danger pesant, imminent, dévastateur mais suspendu est devenu une seconde nature. L’intuition peut tromper, mais elle peut sauver la mise.

Abbey m’embrasse sur la joue. Elle dit qu’elle m’aime. Ce qu’elle ne sait pas… c’est que je l’aime encore plus. J’ai l’impression d’être indigne d’un sentiment aussi fort et pur pour elle. J’ai les mains trop sales pour lui le lui livrer dans son entièreté. « C’est toi qui me préserve de la mort. » Elle ignore comment décrire autrement ce sentiment platonique mais intime qui la relie à cette autre blonde. Alice pourrait rétorquer qu’elle l’aime aussi mais cela rendrait-il justice à la puissance de ces mots sortis de la bouche d’Abbey ? Peut-on encore dire je t’aime lorsqu’on est un tortionnaire ? Mais un jour tout finira… Oui je veux y croire. On pourra construire sur les cendres et on vieillira dans la paix et la liberté. Nous pourrons faire nos propres choix. Nous pourrons… être nous-mêmes, plus besoin de revêtir ces sombres masques qui sont les nôtres. « Un jour, nous n’aurons plus à nous cacher ou à nous prosterner devant eux. Nous serons libres car Dieu nous a créés ainsi. » Elles sont nées libres. Elles peuvent penser… Agir comme n’importe qui, même dénuées de magie. Les Mangemorts le nient, et le nieront toujours. « J’ai tout ce qui me faut. Garde tes ressources. Je ne veux pas que tu sombres… Ça va de ton côté ? Penses-tu tenir le coup… encore longtemps ? » À son tour de se montrer affectueuse en attrapant les poignets d’Abbey avec tendresse. Toucher ses bras frêles – comme les siens – pour tenter de lui insuffler un peu de vie dans ce charnier à ciel ouvert qu’est le monde dans lequel elles vivotent.

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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Dim 3 Juin - 21:01
« De mèche d'or »
Avec Alice



« C’est toi qui me préserve de la mort. »

Ne meurs pas, semblent alors crier les yeux d’Abbey. C’est une émotion puissante qui la submerge, lui fait trembler les mains et lui donnent envie d’étreindre Alice jusqu’à en faire craquer ses os, pour mieux la plier, la ranger, dans la protection salutaire de l’une de ses poches et que rien ne puisse plus jamais l’atteindre. Elle s’en mord la langue furieusement, se retient de fondre en larmes plus bruyamment encore, car il est certain que cette fois, on les verra. Et elle la fixe, d’une tension presque comme de la haine, d’un amour qui la dévaste. Quelque chose qu’elle ne pensait encore jamais ressentir. C’est ce qui nait, des familles les plus unies. C’est ce qui vous pousse à soulever le monde. Alice n’est pas vraiment une sœur mais gare à celui ou celle qui oserait concrétiser cette stupide vérité par des mots imbéciles.

Elle est à ses yeux plus précieuse encore que tout ce que Joe représentait. Une amie, une âme sœur, une jumelle dans la lutte. Et si Alice devait mourir – non, ça n’arrivera pas, toute la réalité des combats, de leur guerre, ne lui enlèvera pas ce goût amer de sa précieuse immortalité – alors Abbey mettrait le feu à ce monde. Que tous périssent puisque plus rien n’aurait de sens. Puisque Dieu aurait ainsi prouvé son dédain, son Absence, ou son incompétence.

« Nous serons libres ensemble. » Appuie Abbey, consciente de répéter les mêmes mots, même formulés autrement, mais ce sont des chaines dans lesquelles la jeune moldue ne veut pas s’extraire. Cette liberté, étendard flottant sur leurs visages éreintés d’une vie difficile.

« Je ne sombrerai pas de t’aider, crois-moi. Je ne prends pas tant de risques. » Un étau de confiance se referme alors sur son cœur, la libère de l’angoisse de se savoir jugée. Des sacrifices qu’Alice opère pour lui permettre d’exister sans être l’esclave de qui que ce soit, mérite bien finalement l’aveu de sa propre vérité. Et jugeant les alentours discrètement, d’une œillade un peu affolée mais bien plus certaine à présent, Abbey baisse la voix, petite fille pathétique à la voix tremblante.

« J’ai des ressources, en fait, je n’ai pas vraiment volé… » La nervosité lui assèche les lèvres et c’est en les humectant sur un claquement humide un peu écoeurant qu’elle murmure, presque inaudible. « Mon maître » Non. Plus maître. « Eoin Mckay doute. J’ai bon espoir de le ramener du côté des rebelles. Je lui fait prendre conscience, peu à peu que » Le claquement d’une tasse qu’on brise la fait sursauter mais de l’autre côté de la salle, un homme se met à ululer, le pouce coupé, des larmes lui façonnant le visage comme s’il n’était plus qu’un vieillard à bout.

Aussitôt la sorcière chargée de leur surveillance s’amène, le pas lent, comme si sa blessure n’était pas une urgence – et de fait, rien ne l’est. Mais la distraction supplémentaire est une bonne chose pour parler. La voix d’Abbey reprend, plus rapide.

« Je sais ce que les phénix nous font et je sais qu’on ne peut pas vraiment compter sur eux mais un sorcier de plus de notre côté c’est une baguette de moins capable de nous tuer. Et je me suis dis qu’il serait bon de l’amener dans nos rangs, s’il pouvait comprendre, et je crois qu’il commence à le faire. Je crois qu’ils sont capables de se remettre en question comme – comme les Egyptiens se sont rendus à Moïse et au véritable Dieu quand les fléaux se sont abattus sur le pays d’Egypte. Il ne pourrait pas être improbable d’en convaincre un petit nombre et peut-être, d’en sauver certain. Joe était contre cette idée et voulait détruire toute magie mais Dieu EST magie. »

Une goutte de sueur roule à son front – Alice va la gifler, Alice va l’accuser de trahison – non, elle est sa sœur et leur tête ne sont que deux parties séparées d’une même cervelle, il est certain qu’elle sera surprise mais comprendra.

Elle doit comprendre.
Abbey ne veut plus être seule dans le noir de ses craintes.




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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Jeu 7 Juin - 17:19
Eoin Mckay doute. Un Mckay doute. Alice le connait de nom car lui-même connaît Altaïr. Elle écoute avec attention jusqu’à que le fracas de la tasse la fasse sursauter. Le pauvre monsieur au doigt coupé sanglote. Quelque chose dit à l’Inquisitrice qu’il s’agit d’une raison superficielle, cachant les véritables raisons de sa peine.

Quoi qu’il se passe, Abbey en profite pour en dire plus. La suite coule de sens et comme Charley a vécu son lot de conversion avec son soi-disant maître, elle préserve une expression intéressée et contrôlée. Tout en calme. Dans un micro geste, elle fronce les sourcils lorsqu’elle parle de sauver une poignée de sorciers. Ses traits se crispent quand elle lui dit que Dieu est magie.

Alice sait que le cœur de sa sœur appartient à la bonne cause. Si elle se met à douter de ses motivations, elle devra se remettre elle-même en question. Les motifs de l’un joignent ceux de l’autre, et ils se construisent sur des fondations communes.

Par conséquent, le calme domine son expression. Pas de scandales, pas d’accusations et que Dieu la punisse si elle répond à l’amour d’Abbey par l’ingratitude. Je ne connaissais pas cette histoire avec les Égyptiens… Elle connaît mieux que moi les saintes écritures. Je sais qu’elle ne parle pas avec la folie. Ses mots doivent avoir mûris en son esprit depuis un moment car c’est sur le ton de la confidence qu’elle prononce ces paroles. Allez, répond Alice. Vas-y, tu ne vas pas demeurer silencieuse durant toute l’éternité. Dis quelque chose ! En effet, Alice meuble la conversation avec le silence durant un laps. Un silence inutile étant donné l’occasion parfaite dont elles profitent. Un silence nécessaire sinon l’Inquisitrice dirait n’importe quoi. « Dieu n’est pas magie. Il est foi. Est magique ce qui appartient aux sorciers, et les sorciers nient Dieu car ils croient être à sa place. », répond-t-elle, à demi-consciente d’aller à l’encontre de l’interprétation de quelqu’un qui s’y connaît mieux en religion. « Laissons ce débat pour une autre fois, veux-tu ? Je pense que le cœur de nos préoccupations se situe ailleurs… » Bien ailleurs. « Mon maître est parmi eux. En partie grâce à moi. Nous avions eu une conversation là-dessus. J’ai cru que j’allais y passer… » Mais ? « Mais il a écouté. Il m’a écouté. Je… je ne croyais pas que c’était possible. Pas un sorcier préoccupé par les querelles intestines de sa société, mais moi. Je ne me fais pas d’illusions : je ne suis pas la seule lui avoir dit des choses… Et pourtant… » Et pourtant quoi ? « Je ne sais plus quoi en penser. Nous savons qui mérite les flammes mais doivent-ils tous brûler ? Serait-ce le diable qui me montrerait le salut pour eux ou mon intuition que nous pourrions faire… une grave erreur ? »

Était-ce Jésus qui pardonnait aux pécheurs dans les histoires de la Bible ? Je ne suis plus certaine. Je ne suis jamais certaine avec ces choses-là. Je dis peut-être des sottises… mais au fond de moi je sens que je touche à une partie de la vérité. « Tu es plus savante que moi à ce sujet. Que dit la parole du Seigneur ? » Elle manque d’ajouter : qu’en dit Durham ? comme si tous les deux étaient interchangeables. Un réflexe inconscient presque sorti de ses lèvres.

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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Dim 17 Juin - 23:24
« De mèche d'or »
Avec Alice



Et comme dans l’histoire d’Aileen, la jeune fille tend la main vers le fuseau, elle sait pourtant qu’elle ne doit pas y toucher, mais son index effleure et se pique et alors la malédiction la prend, la saisit, l’enferme dans le sommeil et Abbey sent la douleur lui remonter des tripes au cœur quand ce premier fragment, ce premier morceau de faïence se détache de ce miroir lisse qui leur renvoyait jusqu’à l’idée de deux jeunes filles unies dans le même combat, dans leur même ressemblance, dans leur deuil commun. Elle sait que ce n’est là qu’une petite fissure et si on y regardait pas de trop près, peut-être même qu’on pourrait l’oublier. Mais la craquelure est là, dans ce mot, « débat », et sa bouche s’assèche comme du papier de verre et elle hoche la tête – pour ne pas avoir à répondre que Dieu fit surgir les colonnes de feu et sépara la mer en deux et ses Œuvres, ses Autres Œuvres, que n’est ce sinon de la MAGIE ?

Baisse les yeux petite Abbey. Baisse les yeux et hoche la tête, ne fustige pas Alice, étouffe en toi tout œuf de colère et ne laisse pas pépier l’oisillon de peur qui bat dans ta poitrine. Voyons, tu sais bien que tu n’as rien à craindre d’elle.

C’est ton amie.


Sur sa nuque elle sent soudain le poids d’un millier de regard et même si elles sont dans une pièce bien étroite, et que les témoins qui s’y trouvent se fichent sans doute bien d’elles deux, elle a l’impression d’avoir dans son dos Durham et tout le reste de l’Inquisition. Comme Sheila, morte de la main des sorciers. Comme Eoin McKay, qui n’en finit pas de douter.

Pourtant, les confidences d’Alice la réveillent et la bouche entrouverte sur une exclamation étouffée, découvre à son tour l’œuvre de sa promise. Ainsi, elle aussi a réussi à ramener dans l’un de leur deux camps, son propre maitre. Le souvenir d’Altaïr n’est qu’une silhouette à la peau mate, accompagnée d’une enfant plus petite encore que celle dont elle doit s’occuper. Il ne lui a pas fait grande impression, pour tout dire.

Mais maintenant c’est un espoir supplémentaire et quand Alice questionne, au sujet de l’écriture, Abbey manque d’en bégayer de contentement. Les leçons apprises par Joe lui reviennent aisément – et elle l’a lu tant de fois, la Bible, qu’elle peut bien la réciter par cœur. Et guider ainsi sa sœur, dans la voie qu’elle se choisit peu à peu – celle d’un Pardon qui pourrait allier les merveilles de la magie avec leur liberté. Plutôt que de détruire ce qui est Beauté, et ce dont ils font perfidie, par le meurtre, l’avarice, l’orgueil, et chaque autre pêché.

« Il est dit, dans la Bible, que Dieu est un Dieu juste, un Dieu de punition qui aime, mais ne se laisse pas abuser, et ceux qui l’insultent, ceux qui le parjurent, ceux qui blasphèment et ceux qui commentent tant de pêchés, se doivent d’être châtiés car il n’y a que par la crainte du châtiment que l’esprit s’élève, que Dieu assoie son pouvoir sur les Hommes. Et de tout temps, dans la Bible, du début des Hommes à aujourd’hui, Dieu fit s’élever sa justice pour être craint et respecté. Mais advint Jésus, son fils, qui apporte un plus grand message encore. Celui de son Amour et celui de son Pardon. »


Abbey se tordit les mains avec nervosité.

« A ceux qui commettaient des crimes, Jésus attendait leur repentance, et à ceux qui massacraient les coupables de ces crimes, il plaignait leurs âmes avec détresse. Jésus considérait que l’on ne connait jamais vraiment l’ensemble de ses pêchés et que notre force réside en cette perpétuelle remise en question auprès du Seigneur – que n’ai-je fait que l’autre, coupable, n’a pas commis ? Et Jésus nous dit qu’il y aura plus de place au paradis pour un coupable repentant que pour cent justes qui pensent, par arrogance, mériter l’entrée au royaume du Seigneur. Ainsi, voilà ce que je dis moi, si leurs cœurs s’ouvrent, si leurs âmes acceptent la connaissance de leurs pêchés et de leurs crimes, s’ils sont éplorés, désolés, s’ils agissent pour que la justice de Dieu s’établisse entre les Hommes et que nous soyons enfin égaux face à notre Père, alors ils méritent bien tous, oui, notre Pardon. »



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Re: De mèche d'or
ce message a été posté Mar 19 Juin - 16:15
Flickers

Alice connaît mal son Dieu.

Elle s’en doutait depuis longtemps. Elle connaît la religion que par des discours de Durham et des citations d’Inquisiteurs. Ce qu’elle en a compris, c’est le Dieu de l’espoir et de la vengeance. Au final, très lié à son monde. À la fois promesse du paradis des chaînes brisées et du ciel des morts, parole du jugement contre les parjures et leurs crimes odieux.

La Bible demeure un mystère. Sa maîtresse lui poserait un tas de questions si elle la voyait lire. Pire, s’il s’agit d’un livre moldu… Alors, elle a laissé d’autres personnes lui dire ce que renfermaient les saintes écritures. La nuit, lorsque les visages livides de son enfance lui laissent un soupire de répits, elle rêve à Dieu. Parfois, elle le voyait tel le Léviathan prêt à déchirer terre et mer pour noyer les coupables dans la marée de la vengeance divine. Du haut d’un rocher surplombant l’univers, elle observait ce massacre et toutes ces silhouettes atrophiées suppliant pour le Pardon. Or, le monstre était sourd et continuait à les dévorer dans leurs pleurs incessants. Parfois, elle voyait Dieu comme celui ou celle portant les clés vers le monde meilleur. Durham en fait. Alice sait qu’il faut différencier les deux, mais Oliver a été la première source d’eau pure de sa vie autrefois désertique de sens. Il a été l’homme du puits et de la révélation. Par conséquent, elle associe le bien en lui au bien du divin.

Le logiciel d’Alice disjoncte. Si chacun cultive ses péchés et qu’ils demeurent impardonnables pour tous, alors comment expliquer qu’elle… qu’elle a tué pour la Nouvelle Inquisition ? Comment justifier les morts qu’ils veulent faire pleuvoir dans les rues d’Avalon ?

Comment Alice justifiera-t-elle ses propres atrocités si Jésus désapprouve ses crimes ?

L’Inquisitrice se sait coupable aux yeux du Ministère, même s’il l’ignore encore. Elle se sait coupable aux yeux des morts. Mais doit-elle se sentir coupable aux yeux… de Dieu ? Elle qui le croyait derrière elle, là pour le protéger tant qu’elle gardera la foi. Ce Dieu l’assurait qu’elle respirerait toujours et que ses actes prenaient sens aux yeux de lui.

Puis pardonner un Phénix, d’accord. Tous les Phénix, c’est allé un peu loin…
Mais pardonner un Mangemort ? Une raclure qui a participé à leur génocide ?
Jamais. Alice refuse en son for intérieur. Tout son être dit non. Pardonner tous leurs péchés revient à abandonner le combat. Elle dit non.
Elle se demande si elle va contre la volonté du Père.

Les questionnements théologiques, philosophiques et morales d’Alice la rendent pâle. Elle tente de se convaincre qu’elle pourra lier tous ces éléments entre eux. Qu’elle pourra comprendre. En attendant, elle vit un malaise qui l’empêche de se tenir. « J’ai besoin de m’asseoir. » Elle attrape une chaise errante et s’y terre. Le bois l’aide à supporter le poids de sa confusion et de l’ébranlement de ses croyances frôlant le paganisme. Après tout, Dieu pouvait prendre la forme d’un démon en ses rêves. D’une créature gigantesque. Elle imagine les anges avec des épées tombant vers les abysses de l’enfer pour y pourfendre une armée déchue. Bon, cette partie-là, elle a compris. Les paroles lyriques de la croisée, elle capte. Elle rassemble ce qu’elle sait pour mieux s’ouvrir au reste. Je dois comprendre. Pour le salut de mon âme. Je suis idiote. Vraiment idiote. Comment ai-je pu ignorer la vérité aussi longtemps ? J’étais trop occupée à… à servir et mentir pour m’enquérir de la vérité. Tout est de ma faute. Oui, accepter le pardon… Mais pour tous ceux qui se repentent ? Il y a-t-il un moment où… on ne peut plus se repentir ? Où l’âme est trop viciée pour revenir en arrière ? « Mais… il doit bien y avoir des péchés impardonnables, non ? » Elle pense aux trois sortilèges impardonnables d’antan, d’une époque où les sorciers se cachaient. « Ou des péchés nécessaires… ou des péchés qui n’en sont pas. Dépendant du contexte. » Elle repense aux doigts de McDermott et se demande s’il va tant de son intérêt que certaines choses soient impardonnables. Pourtant, elle a sauvé Dominique par la même occasion ! Tu aurais pu la tuer si elle t'avait résister. Jésus plaignait les âmes en détresse de ceux qui massacraient les coupables. Mon âme serait-il le plus au bord de la chute éternelle depuis des années ? Aurait-il fallu que je me repente dans ma servitude ? Si Dieu est magie, aurait-il fallu depuis le départ servir les sorciers ? L’apocalypse était-il le nôtre ou celui des sorciers… Est-ce que de petits sorciers gâtés qui se prétendent repentants auront-ils accès au paradis alors que nos frères et sœurs athées ou d’autres confessions iront en… enfer ? Serais-je en train de douter de la capacité de Dieu à trancher… Puis-je seulement me poser sans ses questions sans faire preuve d’arrogance ?

Elle comprend alors que sa famille ne s’est pas repentie avant de mourir. Sa mère avait maudit le ciel. Où sont-ils, dorénavant ? « Qu’est-ce qui est mal, Abbey ? Comment faut-il agir ? » Sur le moment, Alice ignore l’ampleur des questions qu’elle pose sur les petites épaules de son amie. À son tour, elle joue avec ses mains, ses doigts, avec nervosité et arrange sporadiquement ses cheveux dans un tic surgissant de celle-ci. L’Inquisitrice est prompte à pointer l’hérésie mais s’il fallait lui demander ce qu’est une hérésie… Elle articulerait bien mal ses mots. Elle suivait alors son émotion. Son intuition. Pas sa raison, encore moins une table de lois.

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Re: De mèche d'or
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